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15 jan. 2020, Grenoble : L’empire après l’empereur : de l’empire napoléonien aux empires du XIXe siècle

Colloque international organisé par le CERDAP, avec le soutien de l’IUF et de la Columbia University. Sciences Po Grenoble, 17-19 mars 2021

L’empereur est mort, vive l’empire !

L’année 2021 sera, à n’en pas douter, prodigue en occasions de revenir sur la vie et l’œuvre de Napoléon, sur son legs et sa légende. Par contraste, l’idée, ici, est de prendre au pied de la lettre le prétexte de ces commémorations – le bicentenaire de sa mort -, pour mieux se pencher sur l’empire et son avenir. Voilà qui renouera avec le décentrement opéré au moment des 200 ans de sa naissance, lors du colloque d’octobre 1969 qu’Albert Soboul avait axé sur les transformations structurelles à l’œuvre dans la France napoléonienne. Cinquante ans plus tard, le trend historiographique est moins économique et social que culturel et transnational mais le début du XIXe siècle peut de nouveau inspirer des approches fondatrices pourvu de franchir une nouvelle étape dans les questionnements. De fait, les vingt dernières années ont d’ores et déjà été très riches en travaux sur le fait impérial napoléonien saisi dans toute sa diversité et ses dynamiques contradictoires, si bien qu’il importe moins désormais d’envisager les années 1800-1814 que de s’intéresser à ce dont l’empire napoléonien pouvait être porteur, comme à ses prolongements et rebonds.

Beaucoup a été dit sur l’héritage napoléonien, en France ou en Europe, mais, en vérité, l’héritage proprement impérial de l’ère napoléonienne reste peu exploré. Il y a pourtant des continuités ou des connexions à établir et susceptibles dès lors de nourrir la nouvelle histoire des empires, davantage tournée vers les comparaisons par-delà les siècles et les continents. Ce colloque entend ainsi encourager un double désenclavement puisqu’il s’agit de sortir l’histoire napoléonienne des bornes chronologiques et de l’espace géographique qui lui sont généralement assignés, et, ce faisant, de favoriser un rapprochement entre des historiographies qui se tournent le dos : cela implique d’identifier ce qu’il y a pu avoir de (proto/pré)colonial dans l’empire napoléonien, et de ne pas oublier ce qui, dans l’Algérie en voie de voie colonisation ou ailleurs, était encore très napoléonien. Deux directions s’ouvrent alors, propres à susciter des propositions de communication :
L’empire napoléonien à l’épreuve de l’histoire coloniale

C’est peu dire que l’expérience dramatiquement ambivalente de l’expédition d’Égypte a nourri toute une réflexion sur sa nature matricielle quant aux rapports avec l’Orient. De même, la promotion historiographique de l’espace des Antilles/Caraïbes, à la faveur des travaux sur l’esclavage, ont élargi, de façon irréversible les horizons de l’histoire napoléonienne, tandis que l’action d’un Herman W. Daendels à Java ou d’un Victor Hugues en Guyane est mieux prise en compte dans les synthèses. Il y a encore pourtant beaucoup à faire en matière d’histoire ultra-marine et comme possible miroir colonial des pratiques impériales. Ce colloque accueillera les communications qui pourront y contribuer : la « colonisation nouvelle » qui triomphera au XIXe siècle ne sera finalement pas la colonisation libre et commerciale, pensée et désirée dans le contexte de contestation de l’esclavage (B. Gainot, M. Dorigny), mais relèvera d’une conquête militaire et étatique dont la remise au goût du jour doit peut-être quelque chose à l’empire napoléonien. La postérité de ce dernier pourrait même être plus profonde à en croire les thèses iconoclastes ayant revisité l’impérialisme qui fut à l’œuvre sur le sol même de l’Europe. Vivement critiquées, pareilles incursions ou intuitions ont tourné court si bien que ce colloque pourrait permettre de relancer des pistes qui, sans nullement établir d’équivalence entre l’empire napoléonien et les empires coloniaux ultérieurs, sauraient s’approprier des thèmes et questionnements lancés par la New Imperial History, ceux par exemple qui ont donné corps aux studies of imperialism aux Manchester UP : le rapport au corps, à la santé et à la sexualité, les relations de genre, les identités, les jardins botaniques, la chasse et l’environnement, les stations thermales, ou encore l’empire at home – autrement dit, la façon dont les conquêtes ont modifié les comportements et représentations de leurs acteurs, et même jusqu’à l’imaginaire de ceux pour qui ces conquêtes restaient lointaines.
Modèle napoléonien et rebonds impériaux

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la figure de Napoléon qu’il ait inspiré une nouvelle génération de chefs ayant pourtant fait de la lutte contre l’emprise d’un empire le ressort de leur ascension (Toussaint Louverture, Simon Bolivar, Méhémet Ali). D’une grande portée, cette conception et cette incarnation du « leader » constituent assurément une dimension à explorer, tout en poussant à interroger, à un autre niveau, la réutilisation de qualités forgées durant les conquêtes napoléoniennes au service d’autres entreprises impériales.

On sait la place occupée par les fonctionnaires impériaux dans l’administration de la France post-napoléonienne ; on connait aussi le rôle joué dans la construction de leur nation par de jeunes cadres belges ou piémontais qui furent employés au service de l’empire français. Or on s’est peu interrogé par contraste sur la participation des agents de Napoléon à d’autres empires. Ces dix dernières années ont vu se multiplier les travaux sur les réseaux libéraux transnationaux, les engagements patriotes et l’importation d’expertise de ces vétérans en Europe méditerranéenne, dans le Nouveau Monde ou en Égypte. Cela ne doit pas pour autant faire oublier la contribution que leurs frères d’armes ont apportée à la formation d’un empire français en Algérie. De fait, si le phénomène est souvent remarqué – car comment ignorer le passé napoléonien d’un Savary, nommé commandant en chef des troupes en Afrique fin 1831 ? -, le théâtre algérien n’apparaît guère que comme un espace de rebond pour la carrière de glorieux anciens à la faveur de la monarchie de Juillet, sans vraiment s’intéresser à la transposition des savoirs et savoirs-faires que cela supposait. Que reste-il de l’expérience acquise durant les campagnes napoléoniennes dans l’action outre-Méditerranée de Berthezène, de Bugeaud, de Bourmont, de Clauzel, de Damrémont, de Drouet d’Erlon, de Randon, de Schauenburg, de Trézel, de Valée, ou de Voirol, pour ne citer que les officiers supérieurs ? Et le rapport Boutin de 1808 n’a-t-il pas eu sa part à la conquête d’Alger ? Les militaires ne sont pas les seuls concernés puisque des administrateurs, des policiers, des douaniers ont connu de tels parcours, retrouvant un poste outre-mer ou prenant la plume pour développer l’empire.

Mieux, ces Français ne sont pas les seuls à avoir été les héros - ou les bourreaux - oubliés de deux empires : des hommes de Wellington sont partis en Australie, des Espagnols mûris par la guerra de la Independencia española ont été envoyés en Amérique pour défendre l’empire, la longue guerre du Caucase a été en partie menée à ses débuts par des militaires russes sortis des guerres napoléoniennes. Davantage qu’un inventaire qu’il reste effectivement à compléter, ces situations offrent un observatoire de premier ordre pour appréhender, à leurs échelles intriquées, des mobilisations d’hommes et d’expériences.
Modalités de soumission

Les propositions de communication (c. 300 mots / 2000 signes + titre provisoire + bref CV) sont attendues, par courriel,
avant le 15 janvier 2020

Merci de les envoyer simultanément aux deux organisateurs :

Aurélien LIGNEREUX (Sciences Po Grenoble) aurelien.lignereux chez iepg.fr
Thomas DODMAN (Columbia University) td2551 chez columbia.edu

Les acceptations, examinées par le comité scientifique, seront notifiées au 20 mars 2020.

Les organisateurs prendront à leur charge les frais d’hébergement, de restauration, et, au besoin, les frais de transport, mais les participants sont encouragés à solliciter un financement auprès de leurs institutions de rattachement.

Comité d’organisation

Aurélien LIGNEREUX (Sciences Po Grenoble) aurelien.lignereux chez iepg.fr
Thomas DODMAN (Columbia University) td2551 chez columbia.edu
Bigué DIENG bigue.dieng chez cerdap2.fr

Comité scientifique

Hélène BLAIS (ENS)
Jacques-Olivier BOUDON (Univ. Paris-Sorbonne)
Michael BROERS (Univ. of Oxford)
Thomas DODMAN (Columbia University)
Aurélien LIGNEREUX (Sciences Po Grenoble)
Patricia LORCIN (University of Minnesota)
Natalie PETITEAU (Univ. d’Avignon et des pays de Vaucluse)
Jennifer SESSIONS (Univ. of Virginia)