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Parler latin dans l’Europe moderne. L’épreuve de la prononciation

Françoise Waquet

Waquet Françoise, "Parler latin dans l’Europe moderne. L’épreuve de la prononciation", dans Mélanges de l’Ecole française de Rome. Italie et Méditerranée, 1996, n° 1, pp. 265-279.

Extrait de l’article

Parmi les nombreux arguments que les apologistes du latin avancèrent tout au long de l’Ancien Régime, il en est un qui fut aussi fréquemment que constamment invoqué : le statut universel que cette langue possédait. Parler latin ouvrait des horizons immenses et, dans les années centrales du XVIe siècle, le botaniste français Pierre Belon opposait, au nom du langage, le monde clos du paysan à l’univers infini du savant. « Une communauté d’hommes villageois... », écrivait-il dans ses Portraits d’oyseaux, animaux, serpens, etc., « un Breton, Basque, Écossais ne s’entendroient l’un l’autre d’autant que la langue de chacun est étrangère à l’autre. Mais s’ils estoient hommes lettrez et qu’ils parlassent le langage lettré dont l’on use en leur religion, alors chacun s’entendra parler. Combien donc est avantagé l’homme lettré sur le méchanique ».

Bien d’autres auteurs eurent des accents tout aussi élogieux pour souligner l’« avantage » que possédait celui qui maîtrisait le latin ; la ligne de partage était nette entre la Babel des ignorants et la société unitaire des doctes. Mais, au fait, comment ceux qui s’entendaient parler, pour reprendre l’expression de Belon, parlaient-ils latin ? Et s’entendaient-ils vraiment ? Dans cette tentative de saisir la réalité des choses, j’ai choisi de m’arrêter à la seule prononciation, laissant de côté aussi bien le lexique et la syntaxe que les formes du discours.

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