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Louis XI entre mythe et histoire
Durand-Le Guern, Isabelle
Isabelle Durand-Le Guern, "Louis XI entre mythe et histoire", dans Cahiers de recherches médiévales, année 2004, numéro 11, pp. 31-45.
Extrait de l’article
Le roi de France Louis XI, qui régna de 1461 à 1483 a constitué un objet de fascination pour la génération romantique, et le souvenir de cette figure historique médiévale s’est trouvé encombré de représentations légendaires et fantasmatiques qui ont longtemps masqué la réalité du personnage. La réputation de cruauté, de superstition, de fourberie du souverain, ainsi que son accoutrement bourgeois lui permettant de se mêler discrètement au peuple, tous ces éléments ne pouvaient que frapper l’imaginaire romantique qui s’est massivement emparé du personnage. Mais l’intérêt des écrivains pour Louis XI ne se limite pas à la réexploitation pittoresque de ce fonds légendaire progressivement constitué autour de ce roi médiéval bien particulier : la curiosité historique qui caractérise l’époque romantique amène beaucoup d’écrivains à rechercher une image plus authentique de Louis XI, à examiner avec une relative objectivité son rôle historique, par-delà les clichés qui rendent inévitablement difficile une connaissance exacte du personnage.
S’inspirant essentiellement du portrait assez peu flatteur fourni par le chroniqueur Commynes, conseiller de Louis XI, les romantiques dépassent la représentation du souverain qui avait prévalu jusqu’à la Révolution, et qui le constitue en symbole de l’obscurantisme médiéval et de la tyrannie monarchique. Ils lui reconnaissent volontiers un génie politique hors du commun, même si celui-ci prend souvent la forme d’un génie démoniaque.
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Louis XI incarne un Moyen Âge bien particulier, puisque son règne se situe à une période de transition vers l’époque moderne, la Renaissance, c’est-à-dire une époque de déclin des valeurs féodales, de transition vers une modernité encore mal définie, à la naissance difficile et forcément désordonnée. Louis XI semble incarner pour les romantiques à la fois le dernier roi médiéval, emblème de la tyrannie, des superstitions et de la barbarie, mais aussi le premier roi moderne, celui qui sut s’appuyer sur la bourgeoisie, classe montante, pour assurer l’unité du royaume ainsi que sa prospérité économique. Ce souverain marque une rupture dans la continuité monarchique médiévale, et vient bouleverser les conceptions traditionnelles d’un univers féodal et chevaleresque. Scott souligne ainsi l’opposition entre Charlemagne, incarnation des temps médiévaux héroïques, et Louis XI, en présentant celui-ci à travers les paroles d’un personnage aux valeurs archaïques, Hameline : « […] the King, whose conduct, like his person, hath more resemblance to that of old Michaud, the money-changer of Ghent, than to the sucessor of Charlemagne ». Dans l’esprit du personnage, les valeurs mercantiles du nouveau roi constituent une décadence en rupture avec la morale chevaleresque et héroïque idéalement incarnée par le roi médiéval originel, Charlemagne. L’empereur constitue le modèle idéal auquel tous les rois médiévaux ont le devoir de se référer. Or, Louis XI bouleverse ouvertement les règles et ne s’inscrit pas dans cette continuité.