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Usage politique des corps et rituel de l’exécution publique à Paris, XVIIe-XVIIIe siècles

Pascal Bastien

Pascal Bastien, "Usage politique des corps et rituel de l’exécution publique à Paris, XVIIe-XVIIIe siècles", dans Crime, histoire et sociétés, année 2002, volume 6, numéro 1, pp. 31-56.

Extrait de l’article

Entre spectacle, fête et cérémonial, l’exécution publique des criminels sous l’Ancien Régime a suscité des hypothèses et des explications diverses selon la ville ou l’État qui la mettait en scène : il est clair qu’il n’existe pas de rituel uniforme ni pour l’ensemble des États de l’Europe moderne, ni pour les diverses juridictions d’un même royaume. Pour le Saint-Empire, R. van Dülmen, inspiré des travaux de K. von Amira, conçoit l’exécution publique comme une fête sacrée et populaire orchestrée par l’État, tandis que R. Evans soutient qu’elle est une « cérémonie chrétienne manifestant l’unité des ordres divin et séculier ». Pour l’Angleterre, I. Sharpe la décrit comme un puissant appareil de communication déployée par le pouvoir séculier et appuyée par le clergé pour transmettre une idéologie de l’obéissance, alors que T. Laqueur la présente au cœur du carnavalesque bakhtinien comme un cérémonial d’inversion où toute inhibition et tout privilège étaient suspendus. P. Spierenburg explique l’exécution à Amsterdam comme un cérémonial d’État déclarant et représentant le pouvoir politique. Pour Genève enfin, M. Porret y présente un rite de souveraineté juridique essentiellement utilitaire dont les objectifs, peut-être plus pénaux que politiques, correspondaient aux besoins particuliers de la petite cité-État : exemplaire, l’échafaud devait inspirer le respect de l’ordre public en contenant par la peur du châtiment ceux qui cherchaient à désobéir. Mais en ce qui concerne la France cependant, la documentation administrative, sèche et plutôt laconique, comme les sources normatives, immobilisant généralement le spectacle dans une vision trop statique de son déroulement, permettent certainement de connaître à qui l’exécution était destinée et par qui elle était mise en scène, mais plus difficilement de comprendre comment elle fut perçue, comment elle fut construite et surtout pour quelles raisons elle fut produite.

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