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Entre le prince et la cour. L’administration financière sous les grands-ducs de Toscane (XVIe-XVIIe siècle)

Hélène Chauvineau

Hélène Chauvineau, "Entre le prince et la cour. L’administration financière sous les grands-ducs de Toscane (XVIe-XVIIe siècle)", dans Hypothèses, année 2000, numéro 1, pp. 221-230.

Extrait de l’article

« Je suis enregistré dans le livre P, page 125 des salariés de l’année 1563. ». Il ne s’agit pas ici des mots d’un bureaucrate, d’un technicien ou d’un quelconque spécialiste des finances, mais de ceux d’un courtisan, et non des moindres, puisque c’est Benvenuto Cellini qui s’exprime ainsi dans son autobiographie.

Il est vrai que cette association courtisan – argent étonne, à cause d’un lourd héritage historiographique qui condamne l’entité curiale à ne pas être un espace économique digne d’intérêt. La cour a longtemps été perçue comme un lieu de dépenses fastueuses et inutiles, d’un matérialisme faisant injure au haut lieu de production culturelle qu’elle est censée être : pourquoi parler des salaires de personnages obscurs alors que la présence de personnages comme Cellini, le Bronzino ou Galilée éveille tellement d’autres centres d’intérêt ? On a ainsi condamné la libéralité du prince à n’être qu’un domaine économique improductif. D’où une vision assez paradoxale de la cour : l’espace aulique serait à la fois lieu de contrôle des élites à l’attraction financière certaine, Norbert Elias oblige, et lieu de dépenses irrationnelles s’opposant à un État moderne en voie de construction.

Or ce point de vue incomplet est particulièrement en porte-à-faux avec la réalité italienne du XVIe siècle. En effet, le pouvoir étatique s’y réfère à deux modèles dans lesquels l’économie est instrument de domination. Avec Machiavel, l’efficacité économique du pouvoir est recherchée, comme tous les autres principes d’efficacité. Le prince calcule, dissimule, fait entrer dans le secret certains ressorts de son autorité. Ainsi, les finances sont désormais subordonnées à l’intérêt de l’État. Parallèlement, le deuxième modèle s’appuie sur la prodigalité, telle qu’elle est louée dans Le livre du courtisan de Castiglione : le seigneur « devrait être également très libéral et magnifique, et donner à chacun sans réserve, parce que Dieu, comme on dit, est le trésorier des princes libéraux ». La gloire est à la clef de ce système théorique ; l’argent est incontournable pour qu’un prince atteigne à la perfection dans ses relations avec la cour.

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