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Le Portique et la cour. Néo-stoïcisme et théorie de l’honnêteté au XVIIe siècle

Normand Doiron

Normand Doiron, "Le Portique et la cour. Néo-stoïcisme et théorie de l’honnêteté au XVIIe siècle", dans Dix-Septième siècle, année 2001, volume 4, numéro 213, pp. 689-698.

Extrait de l’article

Les traités d’éducation de la Renaissance, plus encore les traités de l’honnêteté, font d’abord la promotion d’un code social, tandis que la philosophie stoïcienne fonde sur l’ordre cosmique sa définition de la raison. Pourtant les théoriciens de la pédagogie ou de la vie de cour confondent souvent leur objet avec la « Philosophie morale des Stoïques ». Le maître, l’élève et surtout le courtisan gagnent à prendre ainsi le visage du sage. Pendant quelques décennies, on a pu croire que faisaient cause commune le Portique et la cour.

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En regard de l’idéal pédagogique, de l’inspiration tragique des humanistes ; en regard des modèles de l’honnêteté que prônent les moralistes de la première moitié du XVIIe siècle ; en regard encore de l’héroïsme cornélien qui sacrifie la passion sur l’autel de la constance, la tragédie de Racine apparaît comme une subversion des valeurs stoïciennes. Ses héros n’ont de cesse pour s’affirmer de se débattre contre les impératifs de l’antique sagesse.

Le Néron que Racine met en scène dans Britannicus fait presque oublier, par son obsédante présence, que Sénèque dans cette pièce est absent, lui dont l’œuvre pendant plus d’un siècle avait été la source de toute tragédie. Les raisons pour lesquelles le philosophe romain domine la Renaisance française ne sont pas uniquement littéraires. L’influence du stoïcisme tient autant à des raisons morales, à la pression des règles sociales, à la privatisation de l’affectivité. De sorte que le stoïcisme au théâtre propose une thématique, l’éternel combat de la constance et de la passion, mais encore, au sens strict que donnait le Portique à cette expression, une théorie de la représentation, transposant sur la scène, pour mieux les examiner, les tragiques « fantaisies » qui hantent les consciences.

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