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Introduction. L’invention du roman français au XVIIe siècle

Wolfgang Matzat

Wolfgagn Matzat, "Introduction. L’invention du roman français au XVIIe siècle", dans Dix-Septième siècle, année 2002, volume 2, numéro 215, pp. 195-198.

Extrait de l’article

Le titre de cette « Introduction » est aussi celui d’un Colloque franco-allemand, qui eut lieu en juin de l’an 2000 à Bonn et dont nous publions ici les actes. Ce titre indique d’emblée notre intention, qui est de proposer une perspective différente sur l’importance de ce genre au XVIIe siècle. Certes, pour initier une telle réflexion il n’est plus nécessaire, aujourd’hui, de mettre en valeur l’existence, au XVIIe siècle, d’un foisonnement de formes narratives nouvelles, tâche que la recherche historique a déjà accomplie dans une large mesure. Notre propos est plutôt d’essayer de cerner un champ commun de problèmes et de préoccupations, aussi bien littéraires que socioculturels, auxquels ces narrations cherchent à apporter une réponse. Sonder ainsi les différentes conditions littéraires et sociales qui ont rendu possibles l’émergence et l’épanouissement de genres narratifs, nouveaux malgré leurs antécédents fictionnels et pragmatiques, équivaut à leur attribuer une importance capitale dans la production littéraire de l’époque. Les directions multiples qu’a prises cette réflexion dans les travaux qui sont présentés ici mettent en évidence au moins trois aspects fondamentaux.

Le premier aspect concerne la manière dont différents auteurs ont utilisé les formes narratives traditionnelles pour en créer de nouvelles. L’intérêt porte ici surtout sur la remise en cause et les transformations des formes nobles du roman, qui traitent, comme c’est le cas du roman chevaleresque, du roman pastoral et des rejetons du roman grec, d’aventures héroïques et amoureuses. Ces transformations ont pu être réalisées de diverses manières. Les contributions de notre colloque envisagent à ce propos plusieurs possibilités : l’expansion ou le raccourcissement des genres traditionnels, qu’il s’agisse du roman pastoral ou du roman grec ; la transformation parodique de ces genres comme procédé fondamental des romans comiques ; et enfin le mélange avec des genres narratifs non fictionnels comme le Sermon ou la Vie des Saints. Le dénominateur commun de ces tendances – qui est capital dans le contexte de la théorie du roman – est l’hybridation des genres, un phénomène qui, selon Bakhtine, marque l’écriture romanesque dès ses origines antiques, mais qui au XVIIe siècle se caractérise par une virulence particulière. C’est ainsi que l’expérimentation générique typique du baroque paraît très propice à l’évolution du roman comme genre essentiellement dialogique. Ces structures dialogiques se manifestent non seulement dans les formes littéraires, mais encore dans les positions idéologiques qu’elles veulent valoriser ou mettre en cause. Comme Bakhtine l’a souligné avec raison, les formes élevées du genre tendent vers une structure narrative et idéologique monologique, puisqu’elles présupposent la permanence des valeurs propres aux couches supérieures de la société, c’est-à-dire dans les cas qui nous préoccupent ici, des valeurs nobles. C’est ainsi que l’hybridation des genres est aussi l’indice d’une crise des valeurs qui concerne autant les valeurs de l’aristocratie que les valeurs humanistes de la Renaissance.

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