Accueil / Art et culture / Architecture, jardins et urbanisme / Etudes modernes / Maintenon ou les eaux au miroir des aqueducs (...)

Maintenon ou les eaux au miroir des aqueducs et des canaux

Pierre Ronzeaud

Pierre Ronzeaud, "Maintenon ou les eaux au miroir des aqueducs et des canaux", dans Dix-septième siècle, année 2003, volume 4, numéro 221, pp. 695-701.

Extrait de l’article

(...)

En effet, si les contributions des historiens nous ont montré, ce matin, toute la valeur de l’eau pour l’existence des hommes du XVIIe siècle, celles que nous venons d’entendre ouvrent sur un double visage de l’élément liquide, qui peut s’avérer lustral, nourricier, émerveillant ou, à l’inverse, maléfique, destructeur, engloutissant.

Et cet aqueduc, dont les multiples représentations graphiques ou picturales ornent les galeries du château dont il couronne la perspective, s’est métamorphosé, pour la circonstance, en Janus tutélaire me permettant d’organiser mon propos sur ce mode contrastif.

D’un côté nous avons ces estampes qui nous offrent le dessein harmonieux d’un projet grandiose de conduction de l’eau de l’Eure à Versailles, dont la partie réalisée, que nous avons sous les yeux, le fut, en 1683, sous la direction de maîtres bâtisseurs célèbres : Vauban et La Hire. De l’autre côté, nous avons, en 1688, l’abandon de ce rêve prométhéen, et l’image qu’en donne un témoin historique transformé – à son corps de duc et pair défendant – en écrivain par son génie « brut » : Saint-Simon.

On sait que le mémorialiste n’aimait guère la dame du lieu, on connaît ses griefs contre le commanditaire : Louis XIV. Mais un autre témoin moins enflammé par l’esprit de diatribe : l’auteur inconnu des apocryphes Mémoires de la Cour de France pour les années 1688-1689, faussement attribués à Mme de La Fayette, fait état du même désastre transformé en déroute : « La quantité de maladies que cause toujours le remuement des terres mettait les troupes qui étaient campées à Maintenon où était le fort du travail, hors d’état d’aucun service ». Ces épidémies furent d’une « si grande violence » que Louvois envoya l’ordre au Marquis d’Huxelles qui les commandait « de faire décamper toutes les troupes ».

Lire la suite (Cairn)