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L’expression lyrique de la passion dans la Comédie des quatre femmes (1542) de Marguerite de Navarre

Brenda Dunn-Lardeau

Brenda Dunn-Lardeau, "L’expression lyrique de la passion dans la Comédie des quatre femmes (1542) de Marguerite de Navarre", dans Bulletin de l’Association d’études sur l’humanisme, la réforme et la renaissance, année 1998, volume 46, numéro 46, pp. 25-45.

Extrait de l’article

L’objet de cette étude est d’attirer l’attention sur quelque quarante décasyllabes de la Comédie des quatre femmes de Marguerite de Navarre (1542). En effet, ceux-ci se distinguent dans cette comédie (ainsi que dans le reste de l’œuvre de Marguerite de Navarre) par l’expression lyrique de la passion. Pourquoi Marguerite de Navarre, l’avocate de l’amour et de la fidélité conjugale, décide-t-elle de sortir de sa réserve habituelle et de faire parler une de ses héroïnes de l’amour profane jusque dans son expression physique ?

1. L’expression du désir dans les autres œuvres de Marguerite de Navarre

II est peut-être à propos de rappeler d’abord comment le désir est présenté dans l’Heptaméron, ce qui permettra d’apprécier le traitement original qui en est fait dans la Comédie des quatre femmes. Jusqu’ici, la critique a souvent relevé l’intensité érotique sous-jacente à l’Heptaméron en même temps que le demi-mot et le non dit qui laissent inachevée l’expression du désir dans le tumulte des amours. Ainsi, la métaphore filée du fleuve Désir, développée par Gisèle Mathieu- Castellani, donne une mesure de la force de la libido qui déferle sur l’œuvre, créant la situation paradoxale selon laquelle « La sexualité est ce qui est à la fois le plus dissimulé et le plus évident » dans le jeu de masques et de révélations des récits et discussions. Non seulement l’amour profane entre en conflit avec l’amour sacré mais aussi avec les modèles de comportements sociaux différents dévolus à l’homme et à la femme : on valorise, pour celui-ci, la vantardise de l’exploit sexuel tandis que la réserve, voire le silence, sur les choses de l’amour est de mise pour celle-là.

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