Accueil / Histoire et fonction / Relations nationales et internationales / Etudes modernes / Analyse géopolitique et diplomatie au XVIe (...)

Analyse géopolitique et diplomatie au XVIe siècle. La qualification de l’ennemi dans les relazioni des ambassadeurs vénitiens

Romain Descendre

Romain Descendre, "Analyse géopolitique et diplomatie au XVIe siècle. La qualification de l’ennemi dans les relazioni des ambassadeurs vénitiens", dans Astérion, année 2007, numéro 5.

Extrait de l’article

(...)

Ce qu’on appelle les relazioni d’ambassadeurs correspond à un genre littéraire politique tout à fait propre à Venise. Il s’agit des rapports que les ambassadeurs vénitiens devaient rédiger et prononcer devant le sénat et le doge à leur retour. La spécificité de ces rapports était leur caractère obligatoire et réglementé. L’obligation de la rédaction d’une relation était en vigueur depuis le Moyen Âge, et un premier acte du Grand Conseil en 1268. Toutefois, en pratique, elle n’était pas respectée : de nombreux textes réglementaires réitèrent l’obligation, et ce jusqu’en 1524. Ce n’est qu’au XVIe siècle que la pratique devient systématique. Surtout, ce n’est que dans le courant de la première partie du XVIe siècle que la relation acquiert sa structure propre, extrêmement réglementée et contrainte, qui la distingue de ce fait de tous les autres rapports de mission que l’on peut trouver à la même époque dans d’autres États. Le but des relazioni est avant tout de présenter un tableau, un portrait de l’État, aussi complet que possible, afin que les sénateurs puissent se le représenter, le connaître au mieux, et ainsi analyser, décider et agir en connaissance de cause en matière de politique internationale. L’ambassadeur ne fait donc pas un rapport de mission, dans lequel il rendrait compte de ses actions et des événements en cours : ces informations-là sont consignées tout au long de son séjour, dans les dépêches qu’il envoie au sénat. Le moment de la relation est celui de la synthèse et de l’objectivation, où l’on expose avec distance, dans un large tableau, ce que l’on a vu de près : choses vues d’en haut, et replacées dans un temps plus long que celui des dépêches au jour le jour. Dans cette optique, le texte est presque toujours structuré en plusieurs parties bien marquées : la géographie du pays, les forces de l’État – qui regroupent généralement les aspects économiques et militaires –, le gouvernement de l’État – c’est-à-dire à la fois les hommes et les institutions – et enfin une partie qui ne fait jamais défaut, consacrée aux relations extérieures. C’est cette partie, où la détermination et la qualification de l’ennemi sont décisives, qui fait plus spécifiquement l’objet de mon étude, sur la base d’un corpus d’une quarantaine de relations écrites au XVIe siècle, en particulier toutes les relations d’Angleterre et de France, et les relations des ambassadeurs auprès de Charles Quint et Philippe II.

Lire la suite (revues.org)