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Deux théoriciens de la facétie : Pontano et Castiglione

Henri Weber

Henri Weber, "Deux théoriciens de la facétie : Pontano et Castiglione", dans Bulletin de l’Association d’études sur l’humanisme, la réforme et la renaissance, année 1977, volume 7, numéro 7, pp. 74-78.

Extrait de l’article

A peine vingt ans séparent la publication du De Sermone de Pontano (1509) de celle du Cortegiano de Castiglione (1528). Les deux hommes ont été tous deux attachés à la vie des cours italiennes, à la diplomatie, tous deux humanistes ; cependant Pontano n’écrit qu’en latin, cite directement Aristote, Quintilien, Cicéron, Plaute, disserte sur Martial, tandis que Castiglione écrit en italien pour les gens de cour et ne nomme pas Cicéron auquel il emprunte la plupart de ses analyses (De Oratore, II chap. LVIII à LXX). Chez tous deux on trouve une théorie du rire, une justification morale de la plaisanterie, qui lui impose des limites à des règles à la fois morales et esthétiques, et enfin une analyse des mécanismes de langage qui la provoquent.

Pontano et Castiglione reprennent la théorie du rire exposée par Aristote dans sa Poétique (chap.V), « Ce qui provoque le rire a pour cause une faute ou une laideur non accompagnée de souffrance et non pernicieuse », et fidèlement traduite par Cicéron. Pontano distingue nettement l’origine morale liée aux habitudes sociales et l’origine corporelle : « Irrisio vero ac despi- dentia oriuntur turn a turpitudine aliqua deformitateque morum ac corpori disciplinae habitus consuetudinis aut facti dictive cujuspiam turn majorum cognatorum, affïnium, sodalium ». A l’occasion fournie par la nature, s’ajoute la rencontre inattendue née du hasard « aut ridentur in nob is corporis sive deformitates sive vitia aut animi aut quae externis sunt e rebus quaeque ab eventu contingunt ». L’art de la plaisanterie sera donc souvent l’art de saisir la rencontre offerte par le hasard. Castiglione, en reprenant la formule aristotélicienne, y ajoute l’idée d’une rupture d’harmonie, d’un contraste choquant qui n’est pas sans annoncer certaines analyses de Bergson : « il loco e quasi U fonte onde nascono i ridiculi consiste in una certa deformità, perché solamente si ride di quelle cose che hanno in se disconvcnienza e par che stian maie, senza pero star maie ». La dernière partie de la phrase souligne le caractère superficiel, non fondamental de cette disconvenance, de ce contraste qui provoque le rire. C’est ce qu ’Aristote exprimait en disant que la déformité ne doit pas être accompagnée de souffrance, Pontano, en recommandant que le rire ne s’accompagne ni de mépris ni de colère.

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