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Aggripa d’Aubigné. Sa Vie à ses enfants. Approches et mise en perspective

Gilbert Schrenck

G. Schrenck, "Aggripa d’Aubigné. Sa Vie à ses enfants. Approches et mise en perspective", dans Bulletin de l’Association d’études sur l’humanisme, la réforme et la renaissance, année 1979, volume 10, numéro 10, pp. 3-11.

Extrait de l’article

Avant de vouloir comprendre la Vie à ses Enfants, il faut se rendre compte que cette oeuvre fut, plus que nulle autre de d’Aubigné, soumise aux contingences de l’histoire. Achevée dans la dernière année de la vie de l’auteur, elle connut en effet un sort posthume mouvementé, dont les turbulences ont profondément affecté la nature de l’ouvrage. Au lendemain même de la mort de d’Aubigné, commençait pour elle une aventure où les embûches se multipliaient sur son chemin. La censure policière genevoise, les intrigues crapuleuses des descendants restés en Poitou, l’ambition dépourvue de tout scrupule d’une Madame de Maintenon et les caprices enfin des éditeurs constituaient autant de dangers pour la survie du manuscrit. Il vit malgré tout le jour en 1729 dans sa première édition contrefaite et difforme, pâle reflet de lui-même qui le rendait méconnaissable. Il faudra désormais attendre l’année 1873 pour retrouver le texte original dans les Oeuvres Complètes fournies par Réaume et Gaussade. Comme on le voit, d’Aubigné est, parmi les écrivains les plus prestigieux de notre XVIe siècle, celui qui vint le plus tard dans notre familiarité, et l’on entrevoit déjà ce que trois siècles de sommeil, on n’oserait dire de purgatoire, ont pu peser sur la destinée de l’oeuvre.

En effet, si l’on prend soin d’examiner l’ensemble de la production critique consacrée à la biographie de d’Aubigné, on constate que Sa Vie à ses Enfants souffre d’une situation étonnamment précaire, faite d’isolement et de suspicion. Non qu’il faille mettre en cause une quelconque absence d’études biographiques ; au contraire, les monographies ne font pas défaut, depuis ce premier article truffé d’erreurs qui avait paru en janvier 1705 dans le Mercure Galant, jusqu’à la volumineuse fresque peinte par Garnier dans son Agrippa d’Aubigné et le Parti Protestant en 1928. Ce qu’il faut incriminer en l’occurrence, c’est l’écart dans lequel on a constamment tenu ce texte, comme s’il ne méritait pas une attention toute particulière, comme s’il n’avait pas de valeur en soi. Il est quand même symptomatique de voir que chacune des grandes oeuvres de d’Aubigné, dont les pamphlets, les traités politiques et même La Création bénéficie de l’intérêt de la critique, alors que Sa Vie à ses Enfants demeure une oeuvre sacrifiée, tout juste citée pour mémoire quand on parle de l’Histoire Universelle. Comment expliquer cette anomalie, voire cette proscription qui touche un ouvrage, à nul autre pareil, lorsqu’il s’agit d’évoquer celui qui, ici même, est notre invité d’honneur ?

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