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Allégories et symboles de l’âme et de l’amour du beau. Essai sur l’iconographie des tapisseries à sujets allégoriques à la fin du Moyen Âge : la tapisserie de Persée et la tapisserie des dames à la licorne

Jean-Pierre Jourdan

Jean-Pierre Jourdan, "Allégories et symboles de l’âme et de l’amour du beau. Essai sur l’iconographie des tapisseries à sujets allégoriques à la fin du Moyen Âge : la tapisserie de Persée et la tapisserie des dames à la licorne", dans Le Moyen Âge, année 2001, tome CVII, numéro 3-4, pp. 455-480.

Extrait de l’article

Le sacré exige le mystère. Interprétés par l’exégèse allégorique, les mythes antiques apportent l’illustration et la preuve de l’immortalité de l’âme, de sa nature divine, de sa chute et de son retour en Dieu. Le mythe et la Genèse se rejoignent et s’accordent en une même Révélation. Qu’Apollon soit l’image lumineuse et visible de Dieu, que Platon soit un nouveau Moïse, Aristote un prophète philosophe, procède d’une même vérité : Pour les humanistes néo-platoniciens, un seul et même Principe gouverne le monde universellement. En parfaite harmonie avec le mystère chrétien, platonisme et aristotélisme peuvent être réconciliés dans une même théologie de l’amour.

Cette conciliation de la pensée antique et du dogme chrétien fut rendue possible par les travaux de traduction et de compilation des humanistes, grecs et italiens notamment. À Florence, l’académie de Careggi en développa l’exégèse, transformant la philosophie platonicienne de l’immortalité de l’âme en une théologie de l’Amour de Dieu, propre à séduire une élite cultivée. Par un même désir de connaître Dieu, sans intermédiaire et en quelque sorte face à face, ce mysticisme philosophique finit par rejoindre le mysticisme théologique porté par l’Imitation de Jésus Christ et par la devotio moderna.

En France, cette pensée fut reçue dans les milieux lettrés, par ceux que les traités de Pierre d’Ailly, de Jean Gerson, de Thomas de Kempen incitaient à une plus haute spiritualité. Favorisée par la présence d’une imprimerie, d’une Université, d’un Parlement, ou d’une juridiction souveraine, elle se diffusa notamment à Paris, à Lyon, à Moulins dans l’entourage ducal des Bourbon.

La haute magistrature parisienne ou lyonnaise constituait un milieu choisi, particulièrement réceptif à ce courant de pensée. Nourris par de longues études, de lettres d’humanités, proches du pouvoir, influents et fortunés, ils se trouvaient aussi alliés ou apparentés au haut clergé, liens que renforçaient encore la résignation in favorem de leurs charges et la pratique de l’indult parlementaire. La cure des âmes s’ajoutait ainsi aux inquiétudes de l’âme.

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