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Les rêves illustrés de J J. Grandville (1803-1847)

Philippe Kaenel

Philippe Kaenel, Les rêves illustrés de J J. Grandville (1803-1847), Revue de l’Art, n°92, 1991, p. 51-63.

Extrait de l’article

Critiques d’art et biographes ont très souvent associé le personnage de J.-J. Grandville et son œuvre au monde de l’irrationnel, du fantastique, de la folie et du rêve. Il s’agit là de constructions critiques posthumes, car cette image s’élabore à partir de l’œuvre tardif de l’illustrateur — des dernières années de sa vie assombries par la mort de sa première femme et de trois de ses en­fants —, et surtout à partir de son internement dans la maison de santé de Vanves près de Paris, où il meurt le 17 mars 1847, après trois jours et trois nuits d’agonie.

Dès 1846, le journal L’Illustration donnait le ton à propos de sa dernière parution illustrée, Les fleurs animées : « Tout d’un coup Grandville s’est révélé poëte ; sa fantaisie, déployant des ailes plus légères, s’est élancée vers ces régions qu’habitent les fées de Novalis et de Jean-Paul ; elle nous est revenue, Française toujours au fond, mais le front mélancolique, les yeux rêveurs et avec un léger accent allemand qui n’est point sans charme ». L’assimilation partielle de l’artiste à la tradition littéraire de l’onirisme allemand reproduit un topos critique qui distingue l’identité culturelle française, issue de la tradition ratio­naliste du XVIIe siècle, de la culture germanique imprégnée de mysticisme, et fascinée par les phénomènes irrationnels. Dans cette perspective, Grandville apparaît comme un personnage hy­bride dont les œuvres trahissent la convergence des deux « esprits » ; ce panachage, bien que foncièrement idéologique, ne manque pas, en définitive, d’une certaine justesse.

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