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Madame Roland épistolière

Gîta May

May, Gîta, "Madame Roland épistolière", dans MORTIER Roland, HASQUIN Hervé, éd, "Portraits de femmes", in Etudes sur le XVIIIe siècle, Volume XXVIII, Editions de l’Université de Bruxelles, 2000.

Extrait de l’article

C’est un fait dès longtemps reconnu que l’influence de Rousseau a puissamment
contribué à l’éclosion du romantisme et à l’idéologie révolutionnaire. Aucun
témoignage de cette influence n’est aussi compréhensif, personnel, révélateur et
émouvant que celui de Madame Roland, née Marie-Jeanne (Manon) Phlipon (1754-
1793), fille d’un maître graveur dont l’atelier se trouvait entre le quai de l’Horloge et
la place Dauphine.

Personnalité historique à la fois tragique et controversée à cause du rôle qu’elle
joua en tant qu’égérie des Girondins, Madame Roland est aussi un grand écrivain dont
le remarquable talent littéraire a trop fréquemment été obscurci ou sous-estimé, non
seulement par des considérations politiques et idéologiques, mais aussi parce que les
femmes auteurs du dix-huitième siècle ont dû attendre longtemps avant d’être aussi
pleinement reconnues qu’elles le méritent.

(...)

Dans ses Mémoires, Madame Roland
écrira : « Les lettres de Madame de Sévigné fixèrent mon goût ; son aimable facilité,
ses grâces, son engouement, sa tendresse me firent entrer dans son intimité ; je
connaissais sa société, j’étais familiarisée avec ses entours comme si j’eusse vécu avec
elle ».

Tenter de rivaliser avec Madame de Sévigné n’est certes pas cbose aisée pour une
petite bourgeoise parisienne du dix-huitième siècle qui ne bénéficiait que d’un
champ très étroit d’observation et qui n’avait ni nouvelles sensationnelles ni histoires
piquantes à conter. La jeune Manon était certes consciente des désavantages de sa
médiocre situation sociale : "Tout le monde ne peut pas écrire comme Madame de
Sévigné, non seulement faute d’esprit comme le sien, mais parce que tout le monde
n’est pas, comme elle était, au sein de la Cour et des brillantes compagnies, c’est-à-dire
au centre où arrivent, où se rapportent les anecdotes intéressantes. les jolies choses, les
grandes affaires, les riens importants ; où le tour aisé, le ton aimable, la finesse, les
grâces se donnent, se joignent à tout ce qu’on voit, à tout ce qui se fait".

Lire la suite (numéro entier, Digithèque des Editions de l’Université de Bruxelles)