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La "Thalimanie"

Léa Gilon

Léa Gilon, "La Thalimanie", dans MORTIER Roland, HASQUIN Hervé, éds. : "Idéologies de la noblesse" in Etudes sur le XVIIIè siècle, Volume XI, Editions de l’Université de Bruxelles, 1984.

Extrait de l’article

Lorsque Voltaire écrivait de Berlin à son ami le marquis de Thibouville :
"... Mettez-moi toujours aux pieds de Mme la duchesse du Maine. C’est
une âme prédestinée, elle aimera la comédie jusqu’au dernier moment ; et,
quand elle sera malade, je vous conseille de lui administrer quelque belle
pièce au lieu d’extrême-onction. On meurt comme on a vécu", il avait remarqué chez la duchesse du Maine, la manie de faire du théâtre.
Quoique la citation soit irrespectueuse et moqueuse, elle signale en même temps un
trait dominant de l’époque qui rivalise avec la manie de faire des vers, satirisée par
Alexis Piron dans sa comédie La Métromanie ou le Poète (1738). Cette passion du
théâtre que nous avons pris la liberté d’appeler la Thalimanie, s’était si bien insinuée
dans les mœurs de l’aristocratie qu’elle faisait partie intégrante de leur conduite.
Marivaux l’avait fort bien compris lorsqu’il dédia sa Seconde Surprise de l’amour
1727) à la duchesse du Maine, qui avait eu le bon goût d’en applaudir les représentations,
alors que l’accueil du public fut assez froid. « Les esprits aussi supérieurs
que le vôtre composent, pour ainsi dire, avec l’auteur » écrivit-il, reconnaissant
finement que la protection des grands visait la collaboration. Ainsi, cette collaboration
fut très marquée quant à la duchesse du Maine.

Lire la suite (document pdf, Digithèque des éditions de l’Université de Bruxelles)