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Méthodologie du Goût à la grecque sous Louis XV

Daniel Rabreau

Rabreau, Daniel, "Méthodologie du Goût à la grecque sous Louis XV", dans Repenser les limites : l’architecture à travers l’espace, le temps et les disciplines. Actes de colloque, Paris, INHA, 2005.

Extrait de l’article

On cherche ici à approfondir la connaissance et la signification du changement stylistique radical intervenu en France, dans tous les domaines de l’art, dans les années 1750-1765. En amont, le couple Bouchardon-Caylus, certains traits de l’art de Boffrand ou de Soufflot, ainsi que des positions théoriques (notamment dans le milieu romain), permettent de renouveler la question des origines d’un mouvement de renouveau de l’inspiration antique lié à la pensée des Lumières et d’affiner ses étapes chronologiques. Depuis l’exposition-phare du Conseil de l’Europe sur le Néo-classicisme (Londres, 1971), les synthèses de H. Honour, R. Rosenblum, F.-G. Pariset, A. Braham, S. Eriksen (spécifiquement sur le « goût à la grecque » dans les arts décoratifs et la mode), d’innombrables aperçus de la culture antiquisante ou de l’art moderne en phase d’émulation avec l’antique, ont fait perdre à l’appellation néo-classicisme toute vraisemblance normative (études sur les antiquaires, le Grand Tour, les piranésiens, les institutions, les collections, la critique et l’esthétique, etc.). Il s’agit de prendre position sur les aspects méthodologiques de l’approche stylistique, complètement renouvelée par l’intérêt porté au questionnement sur l’imaginaire, individuel et collectif, de la période envisagée (1740-1770), et dont tous les aspects de la création artistique (architecture, peinture, sculpture, arts décoratifs, arts du spectacle, musique et jardins), comme les comportements du monde de l’art et du public, sont observés. Certaines perspectives sont formulées à partir de résultats, parfois encore partiels ou nuancés, afin de récuser l’histoire stylistique atone. L’idée d’une éducation du regard aujourd’hui sur l’art du XVIIIe siècle (comparable à l’éducation interprétative actuelle en musique de cette époque) doit permettre, justement, de poser en termes d’imaginaire la trilogie perceptive de l’action artistique : commande, création, réception, dans toutes ses conséquences sur l’histoire du goût et ses significations. L’exploration du « goût à la grecque », symbole du renouveau de l’imaginaire à l’antique sous le règne de Louis XV, comme illustration de la modernité la plus volontaire (identitaire, dans l’exercice d’émulation que manifeste l’idée d’un gallo-grec ?), est donc présentée ici comme un champ d’innovation épistémologique de la culture artistique. Elle tend à s’opposer radicalement aux approches usuelles illustrées par les nomenclatures formulées au XIXe siècle.

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