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Non Perjurabis. Serment et parjure en France sous Charles VI

Bernard Guenée

Guenée, Bernard, "Non Perjurabis. Serment et parjure en France sous Charles VI", dans Journal des savants. 1989, n°3-4, p. 241-257.

Extrait de l’article

Le mercredi 23 novembre 1407, Jean sans Peur, duc de Bourgogne, faisait assassiner à Paris, rue Barbette, son cousin germain Louis d’Orléans, frère unique du Roi Charles VI. Le meurtre était horrible. Ses circonstances l’étaient plus encore. Car le dimanche précédent, le 20 novembre, les deux ducs s’étaient juré « bon amour et fraternité » avant d’entendre la messe et de communier ensemble. Les contemporains attendaient que le duc, après le meurtre, marquât quelque repentir, et sollicitât du Roi son pardon. Tel était le cycle habituel de la violence.
Au contraire, le 8 mars 1408, « en l’ostel de Saint-Pol, par la bouche de maistre Jehan Petit, docteur en théologie », Jean sans Peur fit proposer devant tous les princes assemblés sa justification. Le docteur parla longuement. Mais tout son discours reposait sur l’idée que Louis d’Orléans était un tyran. Or, si l’homicide est chose condamnable, « tuer ung homme licitement n’est point homicide », et « il est licite à chascun subject, sans quelque mandement, selon les lois morales, natureles et divines, de occire ou faire occire traistre desloial ou tirant ». Le meurtre était donc justifié, et les circonstances du meurtre ne troublaient pas davantage Jean Petit, car « c’est la plus propre mort de quoy tirans doivent mourir que de les occire vilainement par bonne cautelle, aguetz et espiemens ». On n’est pas « tenu... de garder foy et convenance... au tirant ».

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