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L’épreuve de la vertu. Condition nobiliaire et légitimation de l’honorabilité au XVIe siècle

Nicolas Le Roux

Nicolas LE ROUX, " L’épreuve de la vertu. Condition nobiliaire et légitimation de l’honorabilité au XVIe siècle ", dans Les vecteurs de l’idéel. La Légitimité implicite, journées d’études, LAMOP, Rome, décembre 2011

Extrait de l’article

À la Renaissance, la noblesse était considérée à la fois comme un ordre bénéficiant de privilèges fiscaux et judiciaires, et comme une communauté morale dont la prééminence se voyait justifiée par la « vertu » de ses membres. L’intégration au second ordre pouvait être le résultat de lettres d’anoblissement, mais elle reposait le plus souvent sur la reconnaissance sociale d’un mode de vie particulier sur plusieurs générations. Il s’agissait d’appartenir aux « gens de bien » de sa province, c’est-à-dire à la catégorie des possédants dont la supériorité dépendait non seulement de l’aisance économique qui permettait de vivre dans l’otium, mais aussi de l’aptitude à défendre et à transmettre dignement un « nom », autrement dit à constituer une véritable « maison ». Ce processus pouvait être contesté, et la réputation de noblesse devait parfois être défendue devant des officiers royaux.
Les nobles se considéraient comme des gens d’honneur, c’est-à-dire comme des êtres respectueux d’un code de conduite particulier, fidèles à leurs engagements, véritables en paroles et exemplaires en piété. Les traités consacrés à la chevalerie ou aux grandes maisons soulignaient la conjonction de la valeur individuelle et de l’ancienneté du nom. Rares étaient cependant les lignages à pouvoir faire la preuve d’une noblesse immémoriale. L’idée que la vertu se transmettait par le sang, et que chaque génération avait le devoir de faire fructifier ce capital d’honneur, restait vivace à la fin du XVIe siècle, mais les bouleversements que subissait le royaume à l’époque des guerres civiles entrainèrent une multiplication de publications qui soulignaient plus que jamais la nécessité pour les gentilshommes de faire la preuve de leur vertu. La légitimité de la noblesse n’avait plus rien d’implicite.

Lire la suite (Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris)