Accueil / Art et culture / Architecture, jardins et urbanisme / Etudes modernes / Henri III (1574-1589) et Paris : une forme (...)

Henri III (1574-1589) et Paris : une forme inédite de monumentalité urbaine

Isabelle Haquet

Isabelle HAQUET, " Henri III (1574-1589) et Paris : une forme inédite de monumentalité urbaine ", dans La Monumentalité urbaine, journée d’étude, novembre 2011

Extrait de l’article

Peut-on parler de « monumentalité urbaine » sous Henri III ?
La question ne semble même pas se poser si on songe au vide urbanistique sous les Valois, reflet d’une inconscience certaine des possibilités de l’aménagement de la ville, qu’on peut opposer aux grandioses réalisations accomplies par la dynastie suivante.
Dès le règne d’Henri IV, Bourbon soucieux d’asseoir sa légitimité à travers des projets urbanistiques d’un nouveau genre, la ville se trouve soudain pensée comme un lieu de glorification, où les regards glissent sur les façades symétriques et proportionnées, donc belles et évocatrices d’harmonie, ou bien suivent les artères jusqu’aux places accueillant l’image du roi triomphant. En 1598, avec la signature de l’édit de Nantes, la France sort enfin des guerres religieuses et civiles ; les villes, dont la première d’entre elles, Paris, reflètent le nouvel ordre établi et glorifient son artisan.
Rien de tout cela sous Henri III. Roi secret vivant replié dans son palais du Louvre, il ne quitte pratiquement jamais Paris sinon pour ses châteaux de banlieue, à Ollainville ou Saint- Germain-en-Laye. Pourtant, cette idée d’un monarque définitivement invisible doit être fortement nuancée. Car Henri III occupe bien sa capitale ; physiquement même plutôt qu’en dur. Par sa présence, ses apparitions, ses déambulations, il l’occupe comme nul autre roi de France ne l’a fait avant ou après lui.
Henri III use de la monumentalité urbaine d’une manière inédite, en transformant Paris en monumentale scène de théâtre de ses processions politiques et religieuses, celles des chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit et de la confrérie des pénitents blancs de l’Annonciation Notre-Dame. En revanche, il renonce aux monuments, entreprises de pierre ayant vocation à durer – au moins plusieurs générations. Une exception à son indifférence : le Pont Neuf, dont la construction est initiée sous son règne pour permettre aux chevaliers du Saint-Esprit de circuler librement de part et d’autre de la Seine. Situé au coeur de l’espace urbain appréhendé par le monarque, il appartient à un plan spirituel précis.

Lire la suite (HiCSA)