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Le royaume de Navarre aux XIIIe-XIVe siècles : un exemple d’État gouverné par des étrangers

Béatrice Leroy

Leroy, Béatrice, " Le royaume de Navarre aux XIIIe-XIVe siècles : un exemple d’État gouverné par des étrangers ", dans Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 30e congrès, Göttingen, 1999, L’étranger au Moyen Âge. pp. 155-164.

Extrait de l’article

« ... Parce que Nous, le roi Philippe, nous sommes venu comme étranger pour régner dans le dit royaume de Navarre, par le droit de la reine Jeanne notre femme, nous jurons que dès que Louis, notre très cher fils premier né, fils de la dite reine notre femme, aura atteint l’âge de 21 ans [...] nous lui laisserons et léguerons effectivement ce dit royaume de Navarre pour qu’il y règne, le gouverne et le possède en tant que roi naturel de ce dit royaume de Navarre... »
Ainsi s’exprime Philippe le Bel, époux de la reine Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne, du moins peut-on traduire ainsi ce texte navarrais, parlant de son fils Louis né en 1289. Il reconnaît très officiellement qu’il est roi, certes, mais parce qu’il a épousé la reine, dame naturelle c’est-à-dire alors souveraine légitime du royaume de Navarre et que, à ce titre, il reste étranger à son royaume. Lorsqu’y régnera son fils Louis, la question ne se posera plus, puisque le prince aura tous les droits, le sang, l’héritage légitime de par sa mère. Cependant, le texte de Philippe le Bel, non daté, sans doute de 1296, est inclus en vidimus dans des chartes de 1317 et 1319 dressées par les Cortès de Navarre et envoyées à Philippe le Long, roi de France et de Navarre au même titre que son frère aîné Louis le Hutin, par l’héritage maternel. Philippe le Long n’est plus étranger au royaume, mais il n’y est pas présent. Les Navarrais viennent de recevoir un gouverneur nommé depuis Paris, Pons de Mortagne vicomte d’Aunay, avec la promesse du roi que, dès qu’il en aura le temps, il fera le voyage de Pampelune : ils lui envoient un corpus de documents, le texte de son père, les lignes du Fuero général de Navarre, et des explications en navarrais et en latin, pour qu’il comprenne que, lorsqu’on est roi de Navarre, on se montre à son royaume et on ne le fait pas gouverner depuis Paris par un étranger au royaume. Qu’en est-il ?

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