Accueil / Histoire et fonction / Religion, spiritualité et ésotérisme / Etudes modernes / Marie de Médicis et le culte marial : langage (...)

Marie de Médicis et le culte marial : langage et langue de l’immaculisme politique et tridentin d’une reine de France (1605-1617)

Yann Rodier

Rodier, Yann, "Marie de Médicis et le culte marial : langage et langue de l’immaculisme politique et tridentin d’une reine de France (1605-1617)", dans Annali di Storia moderna e contemporanea, 16, 2010, p. 185-202.

Extrait de l’article

En dépit d’une fortune mémorielle en souffrance, probablement Marie de Médicis fut-elle la dernière grande reine, dernière a avoir été couronnée, dernière a porter si haut la royauté féminine dans une monarchie ou la loi salique d’une succession dynastique par primogéniture mâle, la reléguait dans une position secondaire voire l’exhérédait. L’iconographie médicéenne donne a voir, de 1605 a 1617, l’image en construction d’une reine polymorphe, habile manœuvriere, sise sous le sceau du culte marial. Marie de Médicis s’immisça et s’affirma en véritable souveraine, par ce truchement symbolique, malgré les complots ourdis contre elle en 1604-1605. Une estampe remarquable résume a elle seule ce langage de l’immaculisme politique sous forme de trois lettrines emblématiques, constitutives de son prénom (MaRiA) et vecteurs d’un idéel monarchique. Le modèle marial servit de justification politique et religieuse par une sacralisation de la reine dans le système monarchique, seule apte a assurer la légitimité puis la survivance pérenne d’un roi qui, certes, ne meurt jamais mais ne vit pas non plus, pendant sa minorité. Il survit. Timonier de la nef Argo, image récurrente de la régence, la reine assure la continuité d’une monarchie affaiblie, jusqu’à l’autonomisation politique du roi mineur. Ce rôle transitoire fut aussi celui que joua la Vierge pour son Fils : elle fut l’instrument de l’Incarnation en vue de la Rédemption, accomplie par le Christ. Aussi le miroir marial de la reine n’esquisse-t-il pas, par une mimétique du modèle christique royal, une sacralisation tant de la reine que du roi, dans le contexte délicat de la fragilité de son statut de reine régnante puis de régente ? Théoriquement exclue du pouvoir royal, Marie de Médicis se révéla soucieuse de légitimer un statut conteste au moyen d’un patronage que son seul nom semblait plébisciter.

Lire la suite (LAMOP)