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Les Nyert, exemple d’une ascension sociale dans la Maison du Roi au XVIIe siècle.

Mathieu Da Vinha

Mathieu Da Vinha, "Les Nyert, exemple d’une ascension sociale dans la Maison du Roi au XVIIe siècle.", dans XVIIe siècle, n° 214, 54e année, n° 1-2002, p. 15-34. Edité en ligne sur Cour-de-France.fr (http://cour-de-france.fr/article267.html).

« Ce Nyert était un vieux singe plus malfaisant qu’aucun des plus malins et des plus méchants, de ces animaux et qui faisait sa cour au feu roi [Louis XIV] aux dépens de tout le monde, avec le jugement toutefois d’un valet d’esprit et d’expérience : aussi ressemblait-il en plein à l’avarice, à l’envie, à la haine. »

Lorsqu’on évoque la proche domesticité commensale de Louis XIV, le nom d’Alexandre Bontemps revient immanquablement à l’esprit. Ce complice de toujours (il est reçu en survivance de son père dès le 14 avril 1652) s’impose jusqu’à sa mort, le 17 janvier 1701, comme le plus fidèle Valet de Chambre du Roi. Sa seule présence au mariage secret de Louis XIV et de la marquise de Maintenon suffit à le faire passer à la postérité comme l’unique représentant des Valets de Chambre du Roi-Soleil. Il est devenu le modèle des serviteurs louis-quatorziens et l’historiographie moderne semble n’avoir retenu que son nom. C’est trop vite oublier le fait qu’ils étaient quatre à se partager cette charge ; chacun d’eux servant le monarque trois mois par an. La plupart des premiers Valets de Chambre de Louis XIV ont été étudiés individuellement.
Oubliés, les Nyert ont pourtant connu une destinée enviable à plus d’un titre. Leur ascension spectaculaire s’est faite sur deux générations à peine, voire sur une seule. S’ils n’eurent pas autant d’intimité avec Louis XIV que certains de leurs collègues, celui-ci ne les oublia toutefois pas dans ses bonnes grâces. Véritable dynastie de Valets de Chambre, ils ont marqué les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, mais aussi de Louis XV.

Le portait si peu reluisant laissé par l’acerbe Saint-Simon de l’un des représentants de cette famille ne donne guère envie de s’intéresser aux Nyert. Fils d’un premier Valet de Chambre, « ce Nyert » eut pourtant une existence des plus étonnantes au regard de son époque : il appartenait à ce qu’on appelait la « privance » du Roi. Si le souverain était visible de tous, très peu était autorisé à lui adresser la parole : quel rôle pouvait donc jouer cet homme en mesure d’approcher si aisément l’intimité du plus grand roi qu’ait connu l’ancienne monarchie française ? Ce n’était ni un grand seigneur ni même un favori, mais bien un simple « valet » comme l’a écrit si justement le duc mémorialiste. François-Louis de Nyert fut l’un des quatre premiers Valets de Chambre du Roi et par conséquent « un Officier considérable de la Maison du Roy » ; il restait toutefois un serviteur que l’altier duc ne pouvait que décrier.

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