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Des défauts arbitraires à la restauration de l’ordre juste des profits : la légitimation des banqueroutes des rois de France au XVIIe siècle

Katia Béguin

Béguin, Katia, "Des défauts arbitraires à la restauration de l’ordre juste des profits : la légitimation des banqueroutes des rois de France au XVIIe siècle", actes de colloque Les vecteurs de l’idéel. La Légitimité implicite, Rome, 2011.

Extrait de l’article

Est-il aisé de répudier sa dette pour un emprunteur souverain ? De prime abord, à considérer rétrospectivement la longue série de banqueroutes qui ont émaillé l’histoire des seuls États médiévaux et modernes, sans même s’arrêter aux exempla contemporains plus nombreux encore et mieux documentés, la réponse ne peut être qu’affirmative. Mais tous les pouvoirs souverains ne se sont pas enferrés irrévocablement dans la spirale des défauts et ces divergences offrent la matière à une histoire comparative en plein renouveau. Bien avant l’essor des recherches sur les trajectoires polymorphes des Cités-États ou des monarchies en matière de fiscalité et d’endettement, la « montée en grade » de l’Angleterre de l’après-Glorieuse Révolution de 1688-1689 a fait l’objet d’une attention soutenue, pour être érigée en modèle de réussite financière. Parmi les multiples explications avancées pour rendre compte de son potentiel d’emprunt augmenté et de sa crédibilité reconstruite après son ultime banqueroute de 1672, je ne m’arrêterai ici qu’à celle qui a longtemps servi à caractériser la monarchie française de façon antinomique : l’explication néo-institutionnaliste opposant les régimes politiques dotés de barrières empêchant le défaut souverain (les institutions représentatives en général) à ceux où les intentions opportunistes des monarques ne connaissaient pas de bornes. La monarchie absolue française a été convoquée de façon assez superficielle dans ces analyses, en contrepoint et à l’appui de la démonstration de la supériorité anglaise et de la validité de cette théorie. De fait, à partir de la fin du XVIe siècle, le souverain français est devenu, avec celui d’Espagne, un parangon du banqueroutier en série (serial defaulter). Rompus aux liquidations partielles ou aux renégociations de leurs dettes, l’un et l’autre finançaient leurs guerres par une alternance d’emprunts et de défauts qui faisaient système et qui avaient pour contrepartie les primes de risque toujours plus importantes exigées par les prêteurs. Dont acte.

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