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Deux lecteurs de Rousseau au XVIIIe siècle : Madame de Charrière et Elie Luzac

Raymond Trousson

Trousson, Raymond, "Deux lecteurs de Rousseau au XVIIIe siècle : Madame de Charrière et Elie Luzac", dans Lias, vol. 5, 1978, p. 191-255.

Extrait de l’article

La Hollande du XVIIIe siècle a chichement mesuré la gloire à Rousseau. « Nous vous imprimons, lui écrivait son éditeur Marc-Michel Rey, mais nous ne vous lisons pas ». Les traductions de ses œuvres sont rares et tardives, publiées souvent trente ans après l’original. Alors que la Nouvelle Héloïse déchaîne l’enthousiasme et la passion dans toute l’Europe, la réaction hollandaise est à peu près inexistante : Elie Luzac, l’érudit professeur Van Goens, B. Wolff, A. Deken, E. Post et R. Feith sont seuls à l’apprécier et son influence est vite éclipsée d’ailleurs par celle des auteurs anglais et allemands. Il en va de même pour les écrits politiques. Les deux Discours retiennent à peine l’attention, sauf celle d’Elie Luzac – le Discours sur l’origine de l’inégalité ne sera traduit qu’en 1795 – et le Contrat social, condamné à cause du chapitre sur la religion civile, n’éveille aucun écho en profondeur ; après 1789, il est sévèrement jugé par des conservateurs comme Helmers et Bilderdijk, qui imputent à Rousseau la responsabilité des excès de la Révolution française. Quant à l’Emile, il est condamné lui aussi pour motifs religieux et pâtit, sur le plan pédagogique, de la forte concurrence des théoriciens anglais et allemands.

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