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Des tableaux vivants à la machine d’architecture dans les entrées royales

Hélène Visentin

"Des tableaux vivants à la machine d’architecture dans les entrées royales
lyonnaises (XVIe-XVIIe siècles)", par Hélène VISENTIN, P.U.F., Dix-septième siècle
2001/3 - N° 212, ISSN 0012-4273 | ISBN 9782130518, pages 419 à 428.

Extrait de l’article

Étudier les entrées solennelles à partir des relations qui en gardent la mémoire
permet de mettre en évidence un aspect important des conditions sociales, le rapport
des sujets au pouvoir royal. Cette perspective autorise, d’ailleurs, une réflexion
sur la notion de représentation – celle de la ville théâtralisée et celle du corps mis en
spectacle –, notion qui se révèle un formidable « instrument d’analyse culturel »,
comme le définit Roger Chartier dans un article intitulé « Le monde comme représentation
 ».

À partir d’une analyse sur les moyens de représentation du pouvoir politique
dans le rituel de l’entrée, nous nous proposons de comprendre comment, entre
les XVIe et XVIIe siècles, la puissance souveraine du monarque tend à transformer ce
que nous appellerons ici le « matériau scénographique » de ce type de cérémonial
et, ce faisant, à modifier à la fois les formes de sociabilité et les moyens de représentation
du pouvoir. Pour rendre compte de la mutation de l’entrée royale et saisir
la tension entre le rituel et sa mise en spectacle, nous nous appuierons sur une
étude de cas, un choix de quatre entrées lyonnaises – l’entrée d’Henri II en 1548,
celle d’Henri IV en 1595, celle de Louis XIII en 1622 et, enfin, l’entrée de
Louis XIV en 1658. Pourquoi Lyon ? Cité italianisante et grand centre européen
des affaires, Lyon est la ville carrefour la plus visitée par les monarques français. En
un peu moins de cent cinquante ans, depuis le début du règne de François Ier jusqu’à
la dernière entrée de Louis XIV, on compte quatorze relations d’entrée royale,
auxquelles il faut ajouter les entrées des Grands.

Dans le cadre de cette étude, nous avons sélectionné les relations et privilégié celles qui nous sont apparues les plus
pertinentes tant du point de vue de leur contenu que de leur signification politique.
Plus particulièrement, nous nous intéresserons à la disparition des tableaux vivants au profit des pièces d’architecture, communément appelées dans les livres d’entrée
du XVIIe siècle des « machines ». Notre propos cherche à montrer comment, au
XVIe siècle, l’entrée est encore un instrument politique qui permet l’affirmation de la
ville face au roi, alors qu’au siècle suivant, c’est l’inverse qui se produit : le roi
affirme sa puissance face à la ville qui l’accueille. En somme, il s’agit de rendre
compte du fait que lorsque le lien ontologique entre le roi et les sujets est dissous,
c’est la machine qui sert de relais entre ces deux entités, la machine étant
l’instrument par excellence de la représentation publique du roi. La démonstration
qui suit voudrait être une illustration de la réflexion de Jean-Marie Apostolidès sur
la mise en spectacle du corps imaginaire du roi.

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