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Le Roi hors de page et autres textes. Une anthologie

Bernard Teyssandier (dir.)

B. Teyssandier (dir.), Le Roi hors de page et autres textes. Une anthologie, Reims, Epure, 2012, 510 p.

Héritages critiques est une nouvelle collection dirigée par Jean-Louis Haquette et Bernard Teyssandier, CRIMEL (Centre de Recherche Interdisciplinaire sur les Modèles Esthétiques et Littéraires, EA 3311), Université de Reims Champagne-Ardenne. Le second numéro de la collection, sous la direction de Bernard Teyssandier, sera consacré aux années Concini dans la littérature morale et pamphlétaire (1615-1619)

Lorsqu’en décembre 1600 Marie de Médicis quitte Florence pour épouser charnellement Henri IV, elle est accompagnée d’une imposante suite italienne. Parmi elle, un courtisan de petite noblesse, Concino Concini, et une ancienne compagne de jeu dont l’origine familiale demeure obscure : Leonora Dori. À son arrivée en France, la nouvelle reine favorise le mariage de la roturière avec le seigneur Concini, né comte de la Penna – la cérémonie à lieu à Paris en l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, le 12 juillet 1601. Pour le couple, c’est le début d’une extraordinaire aventure. Concini acquiert d’abord des charges domestiques. Sous la régence de Marie de Médicis il devient conseiller d’État et participe au Conseil des finances. De son côté, Leonora prend le nom de Galigaï avant d’acheter le marquisat d’Ancre. 1610 marque ainsi une étape décisive dans l’agrandissement des deux Florentins. Concini s’enrichit. En 1613, il obtient le titre de maréchal.

Parallèlement, les relations entre le pouvoir royal et les princes se dégradent : la politique conservatrice et consensuelle de la régente ne suffit plus à empêcher la révolte des Grands. Leur "rituel du mécontement" relève de la stratégie bien rodée : en monnayant leur soutien, ils escomptent des bénéfices ; en entrant en rébellion, ils usent de menace. Jusqu’en 1613, fort de son talent de négociateur, Concini est au cœur des intrigues. Mais à partir de 1615 sa position s’effrite. Avec sa femme, il devient même la cible principale des attaques. Entre 1610 et 1617, la donne politique, il est vrai, a quelque peu changé. Le 20 octobre 1614, le roi est déclaré majeur. Conformément à l’usage, son éducation qui a duré sept ans prend fin : en théorie, il est donc en âge de régner, mais dans les faits il n’en est rien. La reine mère se refuse de l’associer aux affaires. Dans le même temps, le rôle politique des Concini s’accroît. À partir de 1616, année de l’arrestation de Condé, leur influence dans le gouvernement Barbin est considérable.

À la double intrigue, celle de deux étrangers aux prises avec la Fortune et celle d’un monarque mélancolique en attente de régner, le coup d’État du 24 avril 1617 confère évidemment une formidable dynamique. « Coup d’État ! » comme l’écrit Gabriel Naudé dans ses Considérations politiques, autrement dit « coup d’éclat ». Dans les semaines, dans les mois qui suivent l’événement, des « occasionnels » célèbrent la merveille : Louis, digne fils du Grand Henri, est désormais « roi hors de page » : passé maître dans l’art de la dissimulation, le jouvenceau à poil follet s’est mis de lui-même hors de la dépendance d’autrui. À seize ans, il ordonne l’assassinat de Concini, confie Leonora Galigaï aux mains de la justice et fait exiler la reine mère à Blois. Tactique politique, miracle de justice, intervention divine, retour de l’Âge d’or ? Difficile de trancher, d’autant que ce mystérieux « coup d’autorité », qui met fin au drame icarien d’un couple de favoris, pose aussi la question de la majesté royale : Louis XIII dit le Juste entre dans l’Histoire par la porte de la tragédie et du complot.

L’énergie verbale secrétée par les événements des années 1615-1617 fut telle qu’un grand nombre de textes, anonymes pour la plupart, parurent durant ce nouvel âge de fer. Des libelles d’une grande violence mais aussi d’une impressionnante diversité sont imprimés, sans limitation de tirage et surtout sans privilège, pour le plus grand profit des marchands libraires. Ces modestes livrets, constitués de deux ou trois cahiers, ne sont d’ailleurs soumis à aucune censure avant 1618 : les plumes stipendiées, pour l’occasion, rivalisent d’ingéniosité.

La présente anthologie réunit onze libelles parus entre 1615 et 1617. S’y ajoute le seul récit passé à la postérité, « Des enchantements et sortilèges de Dragontine », nouvelle extraite des Histoires mémorables et tragiques de François de Rosset (1619). Tous ces textes, qui fourmillent d’allusions, ont fait l’objet d’une annotation. Leur orthographe et leur ponctuation ont été modernisées.

TEXTES édités et annotés par Delphine Amstutz, Jean-François Dubost, Bernard Teyssandier, avec la collaboration de Jean-Raymond Fanlo :

  • La Sanglante Chemise de Henri le Grand
  • Le Catholicon français par l’admirable Guillot le songeur. Aux bons Français
  • Le Roi hors de page. À la reine mère
  • Les Feux de joie de la France sur la mort et sépulture du marquis d’Ancre.[…] Ensemble le plaisant devis d’un paysan de Ruel
  • Les Merveilles et coup d’essai de Louis le Juste
  • Actions de grâces et réjouissance de la France. Sur la mort du marquis d’Ancre. Au roi
  • Le Fidèle Sujet. Au roi
  • Destinée du maréchal d’Ancre par Pub. Virgile de Mantoue, au neuvième de l’Énéide
  • Histoire générale du maréchal et de la maréchale d’Ancre par le sieur D.P
  • L’Entrée et la réception qui a été faite au maréchal d’Ancre aux Enfers. Avec le pourparler de Ravaillac avec lui
  • La Magicienne étrangère. Tragédie
  • Des enchantements et sortilèges de Dragontine. De sa fortune prodigieuse, et de sa fin malheureuse

Ont contribué à ce volume :

  • Delphine AMSTUTZ et Bernard TEYSSANDIER, « Postface ».
  • Jean-François DUBOST, « Favoris et stratégies de la faveur dans l’entourage de Marie de Médicis. Typologie d’une pratique politique dans la première moitié du XVIIe siècle ».
  • Tatiana DEBBAGI-BARANOVA, « Les libelles anti-Concini (1614-1618) : logiques de production et pratiques d’écriture ».
  • Claire ESNAULT, « Concini fantôme de Coligny ? Une filiation insolite ».
  • Jean-Raymond FANLO, « Écrire les années Concini : Pierre Matthieu ou les embarras de l’historiographe ».
  • Hélène MERLIN-KAJMAN, « Le dormeur, le coyon et la sorcière ».