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De la retraite à la présence au monde : jardins de la Renaissance

Simone de Reyff

Reyff, Simone de, "De la retraite à la présence au monde : jardins de la Renaissance", dans Seizième Siècle, n° 5, 2009, p. 169-192.

Extrait de l’article

Dans le sillage de quelques textes antiques consacrés, la littérature du XVIe siècle se révèle particulièrement accueillante à la thématique du jardin qu’elle décline du reste sous des formes très variées. On notera d’abord, d’Henri Estienne à Olivier de Serres, toute la série des traités horticoles qui présentent le jardin comme un des espaces obligés du « mesnage », autrement dit d’un habitat incluant les diverses formes de culture liées à la subsistance de ceux qu’il abrite. Les réminiscences mêlées de l’idylle esquissée par Virgile autour du vieillard de Tarente et des exhortations d’Horace - « Beatus ille qui procul negotiis… » - déterminent l’inspiration de telles entreprises qui, tout en gardant un caractère essentiellement technique, n’en sont pas moins étroitement associées à une visée éthique. Au souvenir des poètes anciens s’ajoute en effet la référence au commandement divin inscrit au seuil de la Genèse : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la », confirmation de la portée éminemment morale du travail de la terre, par opposition à l’empressement pernicieux de l’avare négociant ou de l’ambitieux courtisan. Cependant la signification du jardin ne se borne pas à cet antagonisme entre une existence régénérée et un mode de vie qui renchérit sur les malédictions consécutives à la faute originelle. Aux côtés du verger et du potager qui, tout en assurant une économie autarcique, imposent au propriétaire terrien la paradoxale bénédiction d’un travail pénible, se développe peu à peu le jardin d’agrément. Les théoriciens de l’horticulture, dont l’objectif se concentre longtemps sur les recettes propres à l’irrigation du sol ou à la sélection des végétaux, ne l’évoqueront guère avant les premières décennies du XVIIe siècle. Il n’en est pas moins très présent, dès la première Renaissance, dans une littérature d’inspiration moins pragmatique, où il revêt une signification symbolique complexe, sans renier pour autant la dimension référentielle liée au récent essor que connaît à cette époque l’art des jardins.

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