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La bibliothèque de Saint-Victor au service des rénovateurs de l’histoire de France vers 1500 ?

Franck Collard

Collard, Franck, « La bibliothèque de Saint-Victor au service des rénovateurs de l’histoire de France vers 1500 ? », Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes, 17 | 2009, 227-240.

Extrait de l’article

Le nouvel âge ouvert par l’invention puis l’essor de l’imprimé a été, comme chacun sait, une période de profond renouvellement des conditions de documentation et de travail des historiens, ainsi qu’un temps d’intense renouvellement des textes de référence. Dans cette époque de mutations marquée, chez les humanistes les plus en pointe ou les plus alignés sur les idées italiennes, par un rejet méprisant de la culture traditionnelle, les bibliothèques conventuelles passaient pour le cimetière des vieux savoirs périmés. Autrefois célébrée, la quantité de leurs lourds volumes désormais jugés illisibles autant par leur écriture que par leur style et par leur propos, était devenue un sujet de raillerie. La bibliothèque de Saint-Victor, constituée par quatre siècles d’acquisition et de copie, n’a pas échappé à ce destin. Elle était tenue par le Padouan Scaliger (1484-1558) pour ne rien posséder qui vaille. Elle fut prise pour cible par Rabelais dans son Pantagruel (1532). En fabriquant un inventaire parodique « des beaux livres de la librairie de Saint-Victor », il la tourna en dérision et, à travers elle, la culture scolastique devenue totalement inadaptée aux temps nouveaux.

Pour que la charge fût forte, Rabelais avait choisi un haut lieu du savoir, longtemps renommé pour son prestige intellectuel et sa richesse livresque. De son temps, tout le monde ne partageait pas le sentiment caricatural de l’écrivain. Sans parler des Victorins eux-mêmes, évidemment fiers d’une bibliothèque bien vivante dont la reconstruction matérielle4 et le nouveau catalogage étaient entrepris dans les années 1508-1514, il était des gens pour apprécier les ressources offertes par l’abbaye. Lors d’un procès de 1561 mettant en jeu la limite géographique de souveraineté du roi de France, un avocat mentionna « plusieurs vieilles et anciennes croniques escriptes à la main [que nous avons] trouvées en la librairie St Victor… ». Elles venaient compléter, disait-il, les ouvrages abondamment sollicités de Robert Gaguin († 1501), Nicole Gilles († 1503) et Paul Émile († 1529).

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