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Dupleix, Aristarque et Philotime : une polémique à trois voix ou comment le maréchal de Bassompierre conçoit le métier d’historien

Mathieu Lemoine

Lemoine, Mathieu, « Dupleix, Aristarque et Philotime : une polémique à trois voix ou comment le maréchal de Bassompierre conçoit le métier d’historien », Dix-septième siècle 2/ 2008 (n° 239), p. 195-221.

Extrait de l’article

Au XVIIe siècle, l’Histoire occupe une place de choix dans les activités littéraires. Bernard Grosperrin écrit même qu’elle représente entre un quart et un tiers des publications parisiennes au long de la période. Siècle de l’histoire avant l’heure, le XVIIe siècle voit un engouement pour celle-ci se développer dans la bonne société, non seulement par le biais des histoires romancées, voire des romans à caractère historique, mais aussi à travers toute une littérature qui tend à formaliser l’histoire, à lui donner une définition précise, qui la différencie des autres sciences et de la littérature elle-même. Si la chose n’est pas nouvelle, évidemment, elle prend une ampleur plus grande du fait à la fois de la multiplication de ces traités et de leur diffusion dans la bonne société. Parmi les auteurs de ces traités, on peut citer le P. Le Moyne qui, dans De l’Histoire paru en 1670, propose une réflexion sur cette science en formation. Dans le chapitre III de cet ouvrage, il déplore que « La France jusques icy a eu beaucoup de Journaux et de Mémoires, et pas une Histoire Françoise ». L’absence d’historiens de langue française est, selon lui, patente depuis Philippe de Commynes : si « parfaits » soient les historiens ayant écrit en langue latine, tel le président de Thou, il n’en est aucun en langue vernaculaire qui puisse se parer de ce titre. Si illustres soient les mémorialistes, comme Monluc ou Sully, leurs seuls Mémoires ne suffisent pas à faire d’eux des historiens. Et il en va de même, toujours si l’on suit sa pensée, des historiographes. Il stigmatise notamment Scipion Dupleix, l’historiographe de Louis XIII qui, à la fin de sa vie, n’a eu, selon lui, « aux heures de son loisir, [qu’à corriger] son Histoire sur les Remarques qu’y a faites le Mareschal de Bassompierre ».

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