Accueil / Représentation et festivités / Musique et danse / Etudes modernes / L’Humour dans les tragédies en musique de (...)

L’Humour dans les tragédies en musique de Jean-Baptiste Lully

Luke Arnason

Arnason, Luke, "L’Humour dans les tragédies en musique de Jean-Baptiste Lully", dans Cahiers du XVIIe siècle, 2011, vol. XIII, 2.

Extrait de l’article

Au premier regard, ce sujet peut paraître paradoxal : comment peut-on parler d’humour dans une tragédie ? Les opéras de Lully (et surtout ses derniers opéras) ne sont pas ce que l’on qualifierait volontiers de « ludiques ». Même le nom du genre, « tragédie en musique » ou « tragédie lyrique », fait bien entendre qu’il n’a pas vocation à être comique. Le mélange des genres étant une pratique réprouvée par l’esthétique classique, un opéra qui se qualifie de « tragédie » ne devait pas normalement comporter des épisodes comiques. Or l’humour a une place importante et bien définie dans les opéras français du XVIIe siècle. Selon Catherine Kintzler, « la tragédie lyrique se présentait, du fait de sa nature poétique, comme une sorte d’objet technique décalqué sur la tragédie dramatique : elle pouvait apparaître comme ludique. De ce fait, un certain effet comique en forme d’allusions, de clins d’œil, de réminiscences, n’en était pas exclu » (276). Le ludique provient de ce « rapport grimaçant » (277) entre la tragédie lyrique et la tragédie dramatique (ou tragédie déclamée) dont elle est le reflet à la fois exact et inversé. Les exemples donnés par Kintzler ne semblent cependant pas tirer leur effet ludique de leur rapport grimaçant d’avec la tragédie déclamée. Dans une note, l’auteur constate que les premières tragédies de Lully comportaient des scènes ouvertement comiques, mais elle attribue cette tendance à l’« influence directe de l’opéra italien et du ‘mélange des genres’ pratiqué au-delà des Alpes » (276, note 55), et cite des exemples de Cadmus et Hermione et d’Alceste (les deux premières tragédies en musique de Lully et de Quinault). Elle conclue que « [d]e telles scènes disparaissent rapidement (c’est un mélange générique indigne du système poétique classique), mais on note toujours des scènes empruntées au registre de la comédie, comme celles de l’aveu amoureux » (ibid).

Lire la suite (Société d’études pluridisciplinaires du dix-septième français)