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Écrire, régner, (se) faire admirer : dérives exhibitionnistes au Grand Siècle ?

Christophe Ippolito

Ippolito, Christophe, "Écrire, régner, (se) faire admirer : dérives exhibitionnistes au Grand Siècle ?", dans Cahiers du XVIIe siècle, 2003, vol. VIII, 2, p. 1-10.

Extrait de l’article

Le mot admiration au dix-septième siècle, s’il a déjà le sens moderne d’estime, a également celui de surprise. On voudrait ici, en s’interrogeant sur les effets de cette polysémie, examiner comment s’effectue dans certains textes un jeu entre la surprise et l’estime, entre le moment de l’éblouissement et ce qui pourrait le justifier. Car c’est peut-être dans l’éblouissement de la surprise que naissent certains débordements, certaines transgressions d’un siècle trop souvent considéré comme corseté dans le moule classique. L’admiration au sens classique, c’est, suggère Geneviève Rodis-Lewis, le sentiment de nouveauté (et non nécessairement de perfection). Descartes en fait la première des Passions de l’âme (II, 53), qu’il définit ainsi : « L’Admiration est une subite surprise de l’âme, qui fait qu’elle porte à considérer avec attention les objects qui luy semblent rares & extraordinaires » (II, 70), Comme elle se situe au-delà du bien et du mal, « n’ayant pas le bien ny le mal pour objet, mais seulement la connaissance de la chose qu’on admire » (II, 71), rien n’interdit d’admirer un Attila. Dans l’Avertissement de Nicomède, pièce écrite deux ans après Les Passions de l’âme et qui marque un tournant de son théâtre, Corneille transgresse les principes qui selon Aristote sont les ressorts de la tragédie : terreur et pitié ; au delà, il veut peindre « la fermeté des grands cœurs, qui n’excite que l’admiration dans l’âme du spectateur ». En ces temps de Fronde, cette importance accordée à l’admiration ne reflète-t-elle pas, pour paraphraser l’heureuse expression de Rodis-Lewis dans son introduction aux Passions de l’âme, l’idéal d’une société qui donne sur sa carte amoureuse la place d’honneur à Tendre-sur-Estime ?

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