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Le marquis de Clermont Tonnerre, ministre de la Guerre, et le renforcement de l’armée française sous Charles X (1825-1828)

Vincent Haegele

Haegele, Vincent, « Le marquis de Clermont Tonnerre, ministre de la Guerre, et le renforcement de l’armée française sous Charles X (1825-1828) », Revue historique des armées, 270, 2013, p. 93-104.

Extrait de l’article

La Restauration est l’héritière malgré elle d’une triple tradition militaire : la première remonte aux années de l’Ancien Régime, qui ont vu l’émergence d’un ministère fort sous l’égide d’un certain nombre de ministres, dont les plus emblématiques restent Louvois sous Louis XIV, Choiseul sous Louis XV ou encore Saint-Germain, ministre d’envergure auteur de la dernière grande réforme du règne de Louis XVI. La deuxième est révolutionnaire, et synonyme d’une armée nationale, axée sur la conscription et l’émergence d’une économie de guerre. La troisième, enfin, la plus immédiate et la plus spectaculaire est impériale. Régime d’essence militaire, l’Empire a construit la plus grande partie de sa réputation, appelée à devenir légende, sur une administration rigide et centralisée où l’armée occupe une place particulière, directement placée sous la direction de l’empereur, secondée par plusieurs entités tenant avant tout à des personnalités dont l’une des plus marquantes est le major général, ancien ministre de la Guerre, Alexandre Berthier. En 1815, le retour des Bourbons à la tête de la France est le prélude d’un grand nombre de bouleversements politiques et sociaux, dont le plus spectaculaire réside en la retraite forcée d’un grand nombre d’officiers et sous-officiers. Les cadres des régiments sont entièrement reformés, tandis qu’un certain nombre d’anciens émigrés récupèrent leurs commandements, au prix de vives polémiques. Le ralliement des grands noms de l’aventure impériale au drapeau blanc fait également l’objet de critiques et de débats, les conversions au royalisme ne faisant pas souvent l’unanimité. Parmi celles-ci, l’on relève le cas intéressant du maréchal Victor, duc de Bellune, ancien sous-officier de l’armée royale ou du général Clarke, ancien pilier du régime impérial, promu maréchal par Louis XVIII. Clarke et Victor assurent tous les deux la charge de ministre de la Guerre, respectivement entre 1815-1817 et 1823-1824, sans parvenir toutefois à gagner la confiance des Chambres. Principaux points de discussions et de résistances, les budgets de l’armée provoquent crispations et polémiques de la part des formations politiques représentées, des ultras aux modérés. Lorsque Louis XVIII, quelques mois avant sa mort, remanie une dernière fois son gouvernement, il choisit d’appeler à la Guerre un homme de confiance, royaliste zélé et pourtant formé à l’école républicaine, Aimé-Marie-Gaspard de Clermont-Tonnerre. Ce choix, judicieux au regard des compétences de l’intéressé, n’est cependant pas sans risque.

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