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15 mars 2015, Paris : Table et diplomatie du Moyen Age à nos jours

Appel à communication pour le colloque historique international "Table et diplomatie du Moyen-Âge à nos jours", Paris, 3-5 novembre 2016

Co-organisateurs : L. Badel (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne) ; L. Bély (Université de Paris Sorbonne) ; J.-P. Williot (Université de Tours) ; M. de Ferrière le Vayer (Chaire Unesco, Université de Tours). Inscrit dans le cadre des programmations du Labex EHNE ; de l’UMR IRICE ; de l’EA 6294 LÉA ; de la Chaire Unesco Sauvegarde et valorisation des patrimoines culturels alimentaires et de l’IEHCA

Argumentaire

Repas servi aux soldats sur la plaine du Simmering, souper chez le tsar Alexandre, banquet au palais Kaunitz, fastes gastronomiques lors des réceptions de Talleyrand, les faits sont connus. Comme le consigna dans ses Mémoires Charles- Joseph de Ligne, la table a joué un rôle essentiel lors du congrès de Vienne. Relevée ici comme un trait saillant du cycle de conférences diplomatiques présidant à la reconfiguration de l’Europe autour de 1815, la mise en scène culinaire est en fait inscrite dans une histoire longue, multiforme et multiculturelle des pratiques diplomatiques. On en retrouve les occurrences aussi bien chez les rois numides, dans les banquets de départ en croisade au Moyen Âge, à la cour de l’Empereur de Chine que dans l’architecture des dîners d’Etat, conférences internationales contemporaines et autres G 8 ou G 20. Et l’on postulera que toutes les civilisations en ont intégré la nécessité, qu’elles soient amérindiennes, africaines ou asiatiques, de l’Europe méditerranéenne ou barbare, levantine ou ottomane, arabo-musulmane ou indiennes, dans l’immensité du Pacifique et de l’Océanie. L’importance de la médiation du repas mobilise l’art des cuisiniers et le service des boissons, parfois l’élégance du cadre et les arts de la table, parfois aussi la modestie improbable d’un abri de fortune. Elle contribue à créer des situations de commensalité propice aux négociations qu’elle prépare, accompagne ou récompense. Elle fonde des protocoles de réception. Elle participe de l’échange et de la connaissance de l’autre. Elle est également un moyen important de valorisation économique des productions nationales, des savoir-faire alimentaires et une vitrine de prestige des nations puissantes. Dans la rencontre ou la confrontation des cultures, elle promeut des différences liées aux produits découverts, aux langues ou aux pratiques alimentaires locales. Vecteur d’une diplomatie d’influence, la table peut s’avérer à l’inverse une frontière marquant des différences culturelles multiples. La méconnaissance des symboliques alimentaires, les barrières psychologiques face à certaines consommations, les tabous religieux, s’ils sont ignorés, peuvent induire des tensions que la table ne concourt pas à résoudre puisqu’au contraire elle les crée ou les amplifie. Le refus culinaire est un marqueur ostensible d’une limite des accords. A dessein même, le banquet peut s’avérer le théâtre ultime d’intentions hostiles. La table devient alors, selon des échelles de gravité croissante, le moment d’un affront insupportable ou le lieu de l’empoisonnement prémédité.

L’objet de ce colloque est d’analyser comment s’articulent pratiques diplomatiques et pratiques alimentaires quand la table devient une scène supplémentaire, et parfois principale, de civilités. Il ne s’agira pas de mettre en évidence chaque gastronomie nationale mais plutôt d’étudier le rôle que la table peut jouer lors des rencontres, négociations, achèvement de conférences et, de manière plus générale, dans les processus quotidiens d’échanges. Alors que le champ des études gastronomiques n’est plus en friche, l’analyse des protocoles de réception a fait l’objet de travaux moins nombreux mais particulièrement attentifs à la question de l’alimentation curiale. Il sera intéressant de comprendre la manière dont les cours européennes, du Moyen-Age au XXIe siècle, ont associé la table et la négociation. De fait l’histoire du cérémonial diplomatique, un temps disqualifié par les acteurs de la diplomatie eux-mêmes à la fin de l’Ancien Régime, et négligé comme objet légitime de recherche par les historiens, a connu une réhabilitation éclatante ces quinze dernières années. Objet d’histoire totale, l’étude du repas d’Etat relève ainsi à la fois d’une histoire matérielle (fournitures nécessaires pour les illuminations, produits de la table et boissons), d’une histoire sociale (mobilisation de corps de métiers), d’une histoire des représentations (place accordée à la chair et à l’alcool dans les cultures religieuses ; mise en scène de la puissance ou de l’égalité) et d’une histoire culturelle des relations internationales mettant en jeu des transferts matériels et symboliques comme des rapports de pouvoir. Cette histoire mobilise également la compréhension des cultures culinaires qui se transmettent par l’ordre des mets, le choix des menus, l’affirmation de registres gastronomiques, la promotion de chefs de cuisine ou le recours à des artisans et des traiteurs spécialisés.

La phase nouvelle de la mondialisation, ouverte dans les années 1960, conjuguée aux effets de la révolution des mœurs et de ceux, très perceptibles dans les années 2000, de la nouvelle révolution des télécommunications, incite à repenser la place que tient le temps de la table dans le cadre des échanges diplomatiques du temps présent. Du déjeuner de travail autour d’un plateau repas à la persistance du dîner de prestige reflétant l’image que l’Etat qui reçoit veut diffuser, le temps pris ou pas pour partager un repas peut être l’indice d’une uniformisation des pratiques, d’un adoucissement des mœurs ou de leur brutalisation nouvelle. La table entre en scène dans les relations diplomatiques comme élément suffisamment important pour qu’il retienne l’attention des médias. Relatés dans les chroniques mondaines ou les colonnes de journaux sélectionnés, les aspects protocolaires, la composition des menus, la qualité des denrées, l’opulence ou la simplicité des plats sont saisis par la photographie, le reportage, et aujourd’hui les commentaires sur les blogs de l’internet. Croiser, sur la durée, l’histoire des pratiques diplomatiques et celle des pratiques alimentaires apparaît comme une clef d’entrée pour approfondir la réflexion sur l’identité culturelle, culinaire et diplomatique de l’Europe, ses construction, déconstruction et reconstruction au regard des pratiques d’autres aires culturelles. La table, lieu matériel et symbolique de la négociation diplomatique par excellence, est aussi celui de la reconnaissance de l’altérité comme de sa négation. Dans cette perspective, le colloque privilégiera les interventions d’historiens et d’historiens de l’art, d’anthropologues comme de sociologues et politologues de la communication politique ou de spécialistes des littératures comparées et du cinéma. Il s’ouvrira aussi aux témoignages de praticiens.

De nombreux thèmes peuvent être envisagés dans une géographie très vaste, n’excluant aucune aire culturelle et aucun continent, sur la longue durée, du Moyen Âge au XXIe siècle.

  • L’évolution des modalités de la réception sera examinée : lieux (palais, hôtels, place du village, navire en escale…) ; type de service et protocole ; arts de la table ; association de la musique et des spectacles ; prise de parole (discours et toasts) ; les spécialistes du cérémonial et du protocole ; le choix des cuisiniers et des brigades, leurs liens transnationaux ; la conception des codes d’honneur pour recevoir des hôtes de marque
  • Les menus feront l’objet d’une analyse : l’ordre des mets ; la prise en compte des tabous alimentaires ; la durée des repas ; le choix des boissons ; la place du vin et la sélection des crus ; la symbolique des plats ; l’iconographie et le design des cartons de menus
  • Les comportements spécifiques liés à la table seront mis en évidence : les manières de manger (mains ; recours à des ustensiles) ; les tabous alimentaires ; le contrôle de sécurité alimentaire (les goûteurs) ; l’intentionnalité destructrice (utilisation du vin pour délier les langues, empoisonnement) ; le poids de la religion dans l’approche des pratiques de table et l’usage de certains produits ; la sociabilité associée à la table (conversation mondaine, confidence, espionnage, amitié et liens affectifs ; les erreurs d’appréciation ; le mépris des convenances)
  • La porosité des cultures alimentaires peut servir de marqueur pour les diverses étapes de la mondialisation : l’introduction de nouveaux produits (café, chocolat, thé) ; la découverte des cuisines étrangères
  • L’évolution de la présence et de la participation des femmes aux repas diplomatiques sera étudiée : rôle et influence des souveraines organisatrices ; rôle des épouses, des courtisanes, des danseuses et des chanteuses
  • Le spectacle de la table : public du repas, opinion publique et publicité. L’analyse de l’évolution de la mise en scène du repas diplomatique des tableaux de l’époque moderne aux photographies du G 8, en passant par les descriptions littéraires, les reportages dans les magazines, l’analyse des publicités, permettra de comprendre l’évolution des représentations liées à la place que tient la table dans la communication diplomatique
  • La place de la table dans la diplomatie économique et la diplomatie d’influence fera l’objet d’une attention particulière : les fournisseurs des tables ; les exportations de produits alimentaires et de boissons ; l’influence des styles de réception
  • La traduction médiatique de ces moments pourra être envisagée (scènes de repas dans les contextes diplomatiques filmés, séquences cinématographiques ; reportages radiophoniques ; littérature)

Approches privilégiées
Les contributions privilégiées seront celles qui couvriront :
Les nouvelles approches de l’histoire des pratiques diplomatiques
Les nouvelles approches de l’histoire de l’alimentation

Disciplines : histoire, histoire de l’art, anthropologie, sociologie, information et communication
Langues du colloque : Anglais et français

Date-limite d’envoi des propositions
Les propositions de communication (500 mots maximum) et un bref curriculum vitae sont à envoyer avant le 15 mars 2015 à l’adresse suivante : tablediplomatique chez univ-tours.fr

Quelle que soit la langue utilisée, toutes les propositions seront étudiées.

Conseil scientifique du colloque :

  • Laurence Badel (Université de Paris I Panthéon-Sorbonne) Lucien Bély (Université de Paris Sorbonne)
  • Isabelle Bianquis (Université François Rabelais, Tours) Jane Cobbi (CNRS)
  • Jaroslaw Dumanowski (Uniwersytetu Mikołaja Kopernika, Torun, Pologne) Marc de Ferrière le Vayer (Université François Rabelais, Tours)
  • Michel Figeac (Université de Bordeaux Montaigne)
  • Bruno Laurioux (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) Massimo Montanari (Université Alma Mater de Bologne)
  • Johannes Paulmann (Université de Mayence, Allemagne) Françoise Sabban (EHESS)
  • Peter Scholliers (Vrije Universiteit Brussels)
  • Jean-Pierre Williot (Université François Rabelais, Tours)