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20 déc. 2014, Versailles : Louis XIV et Port-Royal

Société des Amis de Port-Royal
Colloque annuel, automne 2015
(Château de Versailles, Port-Royal des Champs)

Organisateurs :
Olivier Chaline (Université de Paris-Sorbonne), Sylvio de Franceschi (EPHE) et Laurence Plazenet (Université de Paris-Sorbonne et Institut universitaire de France)

Appel à communications

L’histoire de Port-Royal et celle du règne de Louis XIV s’entrecroisent inextricablement. À partir de la crise du Formulaire, la volonté du roi est impliquée de façon directe dans les persécutions que subissent moniales et Messieurs. C’est à sa sollicitation que Clément XI fulmine en 1708 la bulle Ad instantiam regis qui prononce la suppression de l’abbaye. En 1710, un arrêt du Conseil ordonne la démolition des bâtiments des Champs.

Célèbre, polémique, la relation du Roi Soleil et du monastère n’a encore fait l’objet d’aucune enquête spécifique. À l’occasion du troisième centenaire de la mort de Louis XIV, la Société des Amis de Port-Royal a décidé de pallier cette lacune en consacrant au sujet son colloque annuel de l’automne 2015.

Trois volets principaux retiendront l’attention :
* D’un point de vue strictement historique, la réflexion devra se fonder sur l’analyse rigoureuse de ce que Louis XIV savait et pensait de Port-Royal, à savoir la communauté religieuse elle-même, mais aussi les personnalités qui firent constellation autour d’elle et les enjeux théologiques de son rayonnement à partir de la réforme engagée par la mère Angélique. Dans cette perspective, une question se pose : quel rôle l’entourage royal a-t-il joué dans l’attitude de Louis XIV ? À l’inverse, à quel moment Port-Royal perd-il en importance dans les préoccupations du monarque ? Y a-t-il lieu de distinguer à ce propos entre l’abbaye et le jansénisme ? Comment le roi a-t-il pu faire enregistrer au parlement de Paris les textes pontificaux condamnant le jansénisme ? Quelles résistances a-t-il rencontrées ? On se demandera également comment Louis XIV a presque réussi à laisser mourir la nébuleuse janséniste après la paix clémentine. D’autre part, de quelle manière le roi fit-il face à la métamorphose d’un jansénisme sans Port-Royal, mais conservant ou ranimant cette référence au début du XVIII e siècle ? Enfin, serait-il possible de reprendre le dossier de la destruction de Port-Royal en 1709 en travaillant à partir de nouveaux documents historiques, loin des légendes longtemps colportées, dont de récentes études ont délimité les contours ?
Un deuxième axe d’étude concernera les autres acteurs de cette geste. Comment se conciliaient service du roi et appartenance à la mouvance de Port-Royal, notamment chez les Arnauld (on peut songer au cas particulier de Pomponne) ? Quels sont les membres de la mouvance de Port-Royal et de leurs parents qui furent alliés à la Cour ? Quelle fut leur capacité d’intervention ? Quelles distinctions convient-il d’observer entre la personne du roi, le pouvoir royal et la cour s’agissant de Port-Royal ?

* L’histoire des relations entre Louis XIV et Port-Royal implique de considérer de façon autonome la controverse doctrinale qui la scande. Quelle fut l’influence propre des vues et des décisions du roi ? On sait que le monarque, sans être théologien, a suivi de plus ou moins loin les vicissitudes parisiennes de la querelle contemporaine sur la grâce. Ainsi le voit-on s’intéresser en 1663 aux négociations entre jésuites et jansénistes qui aboutissent à la souscription par les augustiniens des cinq Articles qui les rapprochent apparemment des positions thomistes relatives au concours de la grâce avec le libre arbitre. Fulminées en partie sur son insistance, les bulles Vineam Domini et Vnigenitus sont chacune deux scansions essentielles dans le cours de la polémique antijanséniste. Dans l’entourage du roi, ses confesseurs, en particulier les PP. Annat et Le Tellier, interviennent directement dans la controverse avec l’aval du souverain et se signalent par une vive ardeur polémique. Elles appellent une prise en compte scrupuleuse. De manière ponctuelle, le roi a pu aussi se préoccuper des positions doctrinales affichées par des prélats français : il fit interdire par l’intermédiaire du P. Le Tellier, et sans doute sur son avis, la publication d’une instruction pastorale de Fénelon opposée à la Théologie de Châlons de Louis Habert. On s’interrogera donc sur l’engagement direct ou indirect du roi et des personnages qui conseillèrent Louis XIV dans la polémique doctrinale autour du jansénisme. Il pourra être utile de s’attacher à distinguer entre les réactions suscitées par le monastère, ses penseurs et le « jansénisme » en soi.

* Évoquer concomitamment Port-Royal et Louis XIV engage enfin la question des sensibilités et des loyautés de nombreux écrivains, voire de plusieurs artistes en général de la période. S’il manque des synthèses sur de nombreuses personnalités, la proximité de certaines figures telles que Racine, La Rochefoucauld, Mme de Lafayette ou Pascal, avec Port-Royal a été amplement documentée depuis quelques décennies, sans que l’incidence de cette communauté de vues ait été vraiment étudiée du point de vue des représentations politiques ou esthétiques qu’elle a pu nourrir. Le rapport entre la vision de l’individu promue dans l’entourage de Port-Royal et le développement du « classicisme », par exemple, demeure un terrain presque vierge.

Ce n’est pas un moindre paradoxe, en effet, que ces écrivains aient été enrôlés par la tradition, dans le sillage de l’histoire officielle louis-quatorzienne et du Siècle de Louis XIV de Voltaire, comme des parangons de la grandeur du Roi Soleil, alors qu’ils entretinrent les relations les plus étroites avec un monastère que ce dernier persécuta obstinément. Comment ces fidélités ont-elles pu s’étoiler, se combiner, car ni Mme de Sévigné, ni Mme de Lafayette, acquises aux religieuses de Port-Royal et aux Messieurs, ne boudent néanmoins Versailles ? Quels enseignements en tirer sur les conditions de production et l’imaginaire de l’auteur classique ? Sur la politique implicite décelable dans de nombreuses œuvres ? N’est-ce pas tout un pan de la littérature française qui a été gauchi par une assimilation que les faits fondent peu ? Que nous dit-elle d’une réception qui fut d’emblée critique et politique ? Quels renouvellements une considération scrupuleuse des motivations de celle-ci, de ses modalités, appelle-t-elle quant à nos façons de penser et d’énoncer le fait littéraire au XVII e siècle ?

Les propositions de communication sont à adresser avant le 20 décembre 2014 à Laurence.Plazenet chez paris-sorbonne.fr