Accueil / Actualités et liens utiles / Parutions / Le luxe, les Lumières et la Révolution

Le luxe, les Lumières et la Révolution

Audrey Provost

Audrey Provost : Le luxe, les Lumières et la Révolution, Seyssel, Champ Vallon, 2014, 272 pages, ISBN 978.2.87673.979.6, 2014, 25 euros

De sa réhabilitation par Voltaire dans son scandaleux poème du Mondain à son utilisation dans les pamphlets prérévolutionaires, le luxe est l’un des sujets les plus brûlants, les plus débattus du siècle des Lumières. D’innombrables auteurs, petits ou grands, se sont interrogés sur cet objet futile et sulfureux qui leur permet de parler de tout : des arts et des sciences, des femmes et de la confusion sociale, du bonheur et des inégalités, du progrès ou du déclin de l’esprit humain.
Alors que la monarchie a cessé d’édicter des lois somptuaires, alors que le discours de l’Église est marginalisé, des écrivains s’érigent en juges, en avocats et en législateurs de la « culture des apparences ». Ce faisant, ils s’adressent à l’opinion publique et proclament haut et fort les nouveaux pouvoirs de l’écriture : l’affrontement autour du luxe met en jeu les compétences et la légitimité des hommes de lettres à fixer des valeurs communes, en concurrence directe avec le pouvoir royal.
Au cœur de cette effervescence polémique, nous croisons les figures attachantes de ces petits polygraphes, ces « Rousseau des ruisseaux » qui tentent de prendre place dans la République des lettres ; nous faisons connaissance du « serial publicateur » que fut le chevalier du Coudray ; nous apprenons comment écrire un livre sur le luxe, à la manière d’un Rabelleau ; nous suivons la lutte entre Butel-Dumont et ses contradicteurs pour changer le sens du mot, et inventer des adjectifs et des étymologies transformées en autant de munitions dans cette guerre de libelles et de pamphlets.

À la fin des années 1780, les fastes de la monarchie ont cessé d’éblouir et le luxe de Marie-Antoinette, « l’Autrichienne » est devenu, sous la plume acérée des pamphlétaires, une arme politique redoutable, car ce débat foisonnant a aussi contribué au changement de culture politique qui mène à la Révolution.

Née en 1970, ancienne élève de l’ENS (Ulm), AUDREY PROVOST est agrégée d’histoire.