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Dans l’ombre de la cour. Les baraques autour du château de Versaille. Le Nouveau Marché. L’hôtel de Limoges

William Ritchey Newton

William Newton Richie, Dans l’ombre de la cour. Les baraques autour du château de Versaille. Le Nouveau Marché. L’hôtel de Limoges, Paris, Champion, 2015, ISBN 9782745329653, 99 €.

Versailles insolite ! Le Versailles des pauvres serviteurs du roi qui vivaient dans l’ombre de la cour ! Guère visible des croisées des appartements royaux, mais choquant vu de la Place des armes, au XVIIIe siècle, les visiteurs qui regardaient le grand château de Louis XIV le trouvaient entouré par un collier de vilaines baraques construites de vieilles planches, de plâtre sale et d’ardoises cassées. Ces constructions improvisées étaient de toutes tailles, des grandes baraques servant le vin, aux minuscules échoppes vendant le tabac. Sans plan, sans uniformité, ce bidonville des appentis contre les murs du château était le mince supplément aux récompenses des pauvres serviteurs du roi et des courtisans. Les femmes des palefreniers et frotteurs y tenaient le petit commerce, offrant des services et des articles aux citoyens du quartier, aux soldats et aux valets descendant pour acheter un plat à réchauffer pour leur maître hébergé par le roi dans les appartements sans cuisines du château.

Comme d’habitude, ce qui commença comme une concession temporaire fut vite réclamé comme héritage par la génération suivante qui laissait les baraques tomber en vétusté tout en les louant à leur profit. Les efforts des officiers des Bâtiments du roi pour enlever ces constructions temporaires, devenues permanentes, étaient inutiles parce qu’à la cour, tout le monde, même le plus humble, avait son protecteur. Le phénomène continua et se développa plus loin dans la rue de la Chancellerie. En partant parfois des d’auvents, les concessionnaires transformaient leurs petits lots en baraques-maisonnettes et même hôtel et café. On a ici affaire à l’évolution d’une urbanisation organique de l’espace laissée aux pauvres de la cour. Plus heureux, les anciens serviteurs des écuries et des Bâtiments vivaient dans une espèce d’HLM royal où ils trouvaient des petits logements dans l’Hôtel de Limoges, une république des pauvres, où chacun jouissait d’une petite chambre et souvent d’un lopin de jardin. Le roi s’occupait des siens, et cette histoire, accompagnée par des plans et des profils, montre un Versailles inconnu où les petits employés de la cour trouvaient divers moyens de vivre dans une ville où régnait le luxe.

William Ritchey Newton a écrit plusieurs ouvrages traitant des services et serviteurs à Versailles. L’ombre de la cour s’inscrit dans la tradition déjà développée dans Derrière la façade, en exposant les vraies conditions de la vie quotidienne de la cour au XVIIIe siècle.