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15 janv. 2016, Paris : Modération politique, accommodement religieux : un tiers-parti catholique en Europe (XVIe-XXe siècles) ?

Appel à communication pour un colloque qui aura lieu à Paris, du 29-30 septembre 2016, organisé par Olivier ANDURAND, CHiSCO, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, et Albane PIALOUX, Centre Roland Mousnier, Université Paris Sorbonne.

« Politiques », membres d’un « tiers-parti », « moyenneurs », défenseurs d’une « troisième voie », « centristes », les partisans – clercs comme laïcs – d’un juste milieu entre deux tendances religieuses et politiques traversent les époques sous des appellations différentes, prônant ou acceptant de fait une méthode et des choix qui cherchent à apaiser une situation tendue et à éviter une bipolarisation exclusive lorsqu’il en est encore temps. Les historiens se sont particulièrement intéressés aux deux périodes essentielles qui voient évoluer la politisation de la notion de chrétiens « modérés » : d’une part le temps des guerres de religion et de la Ligue, d’autre part l’époque contemporaine surtout à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Au XVIIIe siècle, ce sont précisément les termes, presque toujours associés, de « sagesse » et de « modération » qui reviennent le plus souvent sous la plume des contemporains eux-mêmes, associés à un désir d’« accommodement ». C’est notamment le cas en France lorsqu’il s’agit d’apaiser, dans les Parlements comme au sein du clergé, les tensions réactivées par la bulle Unigenitus. C’est cette notion de modération et son incarnation, parfois difficilement lisible, dans des hommes et des courants, que ce colloque voudrait interroger, en centrant l’approche sur les XVIIIe et premier XIXe siècles et en se demandant constamment s’il existe des continuités entre la modération des Politiques du XVIe siècle et celle des catholiques modérés du XXe siècle : peut-on faire une histoire européenne de la modération politico-religieuse ? Pour le siècle des Lumières, seul Émile Appolis, à partir de l’étude du diocèse de Lodève au milieu du XVIIIe siècle, s’est attaché pendant toute sa carrière à l’étude de la modération théologique et politique d’un certain nombre d’ecclésiastiques, en France et en Europe, alors même que l’opposition entre soutiens et opposants à la bulle Unigenitus apparaissait encore extrêmement ferme à une historiographie souvent tributaire des sources polémistes issues de l’un ou l’autre parti. En effet, Entre Jansénistes et Zelanti. Le « Tiers Parti » catholique au XVIIIe siècle cherche à formaliser l’existence de ce fameux « tiers-parti » tout en l’élargissant à l’Europe du Sud (États italiens, Espagne, Portugal). Pour lui, il s’agit de prélats qui se caractérisent par leur modération dans les affaires spirituelles, à l’image de Jean-Georges de Souillac, évêque de Lodève de 1732 à 1750, intellectuellement proche du mouvement janséniste, gallican convaincu, qui se soumet pourtant sans ciller aux décisions du cardinal de Fleury et impose dans son diocèse l’adhésion à la Bulle. Portée à l’échelle européenne, son enquête délimite un groupe d’ecclésiastiques « unis par des aspirations et des répulsions communes, par un ensemble d’attitudes intellectuelles et sentimentales fort nettes » et certains que seul le compromis entre le respect pour la morale rigoureuse issue de Port-Royal et la soumission, au moins apparente, aux volontés du pouvoir et aux ordres des souverains pontifes successifs peut garantir la paix de l’Église. Les comptes rendus publiés à l’époque soulignent la modernité de l’approche et l’ambition du dépouillement archivistique. Seul Émile Poulat, dans une critique très sévère, pose un problème majeur : celui de la définition rigoureuse du « tiers parti6 » et de l’usage même du terme, y voyant davantage un « esprit » qu’un parti. Et pourtant, les ouvrages d’histoire religieuse publiés après 1960, citent tous le livre de l’historien lodévois, sans aller beaucoup plus loin. Une postérité discrète mais qui fige l’idée de la tripartition du clergé européen. Après avoir cherché à mieux connaître ce jansénisme du XVIIIe siècle lui-même si nébuleux et si difficile à isoler, l’historiographie a commencé à se saisir des pistes suggérées par Émile Appolis et il paraît aujourd’hui nécessaire d’aborder de front cette question du « tiers-parti », en l’ouvrant davantage au domaine politique et en cherchant à l’inscrire dans une longue durée. L’usage du terme même de parti, en France comme à Rome, très présent dans les écrits constitutionnaires comme anti-constitutionnaires, est peut-être davantage une façon commode de présenter une réalité subjective que le nécessaire pragmatisme politico-religieux du clergé. Mais il n’en reste pas moins, précisément, que cette partie du clergé et des fidèles qu’Appolis cherchait à définir, existe bel et bien, sinon groupe revendiqué et clairement délimité, du moins mouvance cherchant à naviguer parmi les plus engagés et à surmonter les crises engendrées par la Bulle. Dans le même temps, le choix de la « modération » et de l’« accommodement » apparaît comme une ligne politique certaine, dont il faut se demander si elle résulte d’une sorte de vertu politique médiatrice, d’une tiédeur idéologique ou d’un pragmatisme efficace, non seulement à l’échelle d’un diocèse mais, surtout, au sommet des États et à la tête de leurs grands corps. La politique du cardinal de Fleury, par exemple, entre tout à fait dans cette réflexion sur les choix et pratiques des politiques en temps de crises. En ce sens, une modération souhaitée comme un compromis, une volonté de raisonner des extrêmes, d’ « accommoder », peut aussi, selon les points de vue, être présentée comme un moindre mal imposé par les circonstances, comme une défaite consentie par faiblesse, ou comme un sens aigu de la Raison d’État. Ce colloque voudrait donc mieux définir cette modération théorique et pratique, mieux cerner ces partisans d’un accommodement théologique ou politique – les deux sont loin d’être toujours associés – qui constituent peut-être, au fond, à la fois l’essentiel du clergé français et la clé de la politique prudente menée par un certain nombre d’États. L’espace d’étude envisagé par Appolis s’étendait de l’Atlantique aux rives de la mer Méditerranée, mais pourrait être étendu à l’Europe entière en particulier dans les territoires du Saint-Empire.
De même, on cherchera à adopter une réflexion sur le temps long, en tâchant de construire une histoire de la modération dans les champs politiques et religieux depuis la Ligue jusqu’au XXe siècle, au gré des recompositions des clivages, qu’il s’agisse de se positionner face au jansénisme, face à la Révolution française, face à la question romaine par exemple, en somme par rapport à l’État et par rapport à Rome. Il s’agit d’approcher encore cette notion de modération, sans s’interdire de se demander si ceux qui se disent ou que l’on appelle « modérés » sont vraiment les tenants fermes d’une attitude durable de « modération », dans la lignée de la réflexion conduite il y a quelques années d’une part sur les catholiques modérés à la fin du XIXe siècle, d’autre part sur les modérés en politique. La réflexion à mener s’organise autour de quatre axes principaux :
• Un axe typologique : ce « centre plus nuancé7 », né avec la modernité européenne, a-t-il une existence réelle ? Comment définir cette modération, identifier ses partisans, dans les ordres comme dans le siècle ? S’agit-il d’individualités dont les parcours, les engagements à un moment donné contre une ou plusieurs forme(s) de radicalisme, d’intransigeance, présentent des similitudes, quelle que soit la période ? Ont-ils conscience d’appartenir à une même tendance, d’autant que leurs statuts sont très différents, du prélat à l’homme d’État ? S’agit-il, dans cette « nébuleuse de la modération », pour reprendre les mots de René Rémond8, d’une forme de pensée, d’un état d’esprit, plus intellectuel peut-être que politique ? D’une famille de pensée qui trouve des prolongements jusqu’au XXe siècle ?
• Un axe géographique à l’échelle européenne : selon Émile Appolis, les pays concernés par cette tierce tendance ecclésiologique seraient principalement la France, l’Espagne, le Portugal et les États italiens, Rome et la Toscane. Il convient aujourd’hui de rouvrir ces dossiers, de faire un bilan des recherches dans ces espaces et de poser la question de la pertinence de la notion dans des territoires aussi différents. De plus, l’historien n’a pas pris en compte le Saint-Empire ni l’Angleterre. Dans les cadres politiques et religieux différents de ces pays, y a-t-il la place pour une réflexion sur la modération, au XVIIIe siècle et au-delà ?
• Un axe théologique : il faudra chercher à mettre en évidence les racines intellectuelles et spirituelles de cette attitude politique. Pour Appolis, le modèle, voire le chef de ce « parti » au XVIIIe siècle serait le pape Benoît XIV, fidèle à un augustinisme et à un thomisme probabilioriste. Plus largement, existe-t-il une théologie de la modération à l’époque moderne et quelle est son influence ? Le cas échéant, va-t-elle de pair avec le choix d’une modération politique ou celle-ci se trouve-t-elle davantage imposée par la force des choses ?
• Un axe ecclésiologique et politique : la querelle janséniste au XVIIIe siècle recouvre rapidement une dimension ecclésiologique. Ce qui est en jeu, c’est la question du gallicanisme et de la romanité. Il conviendra de porter un regard nouveau sur ce problème historiographique qui connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Peut-on établir un lien entre l’attachement ecclésiologique gallican et la modération politique de prélats et de clercs à l’époque moderne ? Une comparaison serait ainsi très souhaitable avec le régalisme qui se développe alors dans certains pays d’Europe, sans oublier l’anti-romanisme et l’anticurialisme en Italie même. Des prolongements vers le XIXe siècle sont, sur ce point, indispensables pour interroger les continuités possibles par-delà la rupture de la Révolution, vers un attachement républicain des catholiques modérés.

Comité d’organisation :
- Olivier ANDURAND, CHiSCO, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense
- Albane PIALOUX, Centre Roland Mousnier, Université Paris Sorbonne

Comité scientifique :
- Lucien BELY, Professeur d’histoire moderne, Université Paris Sorbonne
- Monique COTTRET, Professeur d’histoire moderne, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense
- Sylvio DE FRANCESCHI, Directeur d’études, EPHE
- Bernard HOURS, Professeur d’histoire moderne, Université Lyon III

Les propositions de communication (résumé d’une page environ) sont à envoyer avant le 15 janvier 2016 aux adresses suivantes : o.andurand chez aliceadsl.fr apialoux chez hotmail.com