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Langue et souveraineté en France au XVIIe siècle. La production autonome d’un corps de langage

Hélène Merlin

Hélène Merlin, "Langue et souveraineté en France au XVIIe siècle. La production autonome d’un corps de langage", dans Annales, année 1994, volume 49, numéro 2, pp. 369 - 394.

Extrait de l’article

Dans le langage classique, ce sont les rapports qui mènent le mot puis l’emportent aussitôt vers un sens toujours projeté [...]. Le langage classique se réduit toujours à un contenu persuasif, il postule le dialogue, il institue un univers où les hommes ne sont pas seuls [...], où la parole est toujours la rencontre d’autrui. Le langage classique est porteur d’euphorie parce que c’est un langage immédiatement social. Il n’y a aucun genre, aucun récit classique qui ne se suppose une consommation collective et comme parlée [...]’.

Cet extrait du Degré zéro de l’écriture (1953) de Roland Barthes offre un point de vue fulgurant sur la question du rapport entre langue, politique et littérature. Il introduit en effet, dans l’interrogation historienne sur la littérature, un élément — le langage — qu’on prend rarement en considération de façon aussi radicale, c’est-à-dire comme forme historique porteuse d’un sens social et d’une force politique indépendamment des signifiés qu’il peut véhiculer. Tel qu’il est ici décrit par R. Barthes, le langage classique, en tant que pratique historique, refléterait une certaine conception de l’homme en société, et, imposant cette image aux locuteurs eux-mêmes, aurait, par une espèce de vertu « modélisante », le pouvoir d’instituer « un univers où les hommes ne sont pas seuls ».

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