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Naissance de l’histoire en France : les « Recherches » d’Estienne Pasquier

Georges Huppert

Georges Huppert, "Naissance de l’histoire en France : les « Recherches » d’Estienne Pasquier", dans Annales, année 1968, volume 23, numéro 1, pp. 69-105.

Extrait de l’article

Lorsque R. G. Collingwood entreprit il y a une quarantaine d’an¬nées d’étudier la question des origines de la science historique moderne, il écrivit : « Au sens strict où Gibbon et Mommsen sont des historiens, il n’existe pas d’historiens avant le XVIIIe siècle. » Il entendait par là que l’histoire avant le XVIIIe siècle n’avait été dans l’ensemble que relations d’observations contemporaines entassées les unes sur les autres par des annalistes plus ou moins sérieux et compétents. Pour Collingwood, ce genre d’activité n’avait pas grand-chose à voir avec le travail de l’historien moderne. Il définit la discipline historique moderne comme « une étude à la fois critique et constructive, dont le champ est tout le passé humain pris dans son intégralité, et dont la méthode est de reconstruire le passé à partir de documents écrits et non écrits, analysés et interprétés dans un esprit critique ».

Cette distinction vraiment rigoureuse entre l’historiographie moderne et l’historiographie pré-moderne me semble personnellement avoir été une exagération utile. Partant de cette opinion, les spécialistes de l’historiographie se sont efforcés d’expliquer pourquoi la conception moderne de l’histoire n’a pas été réalisée plus tôt. Je crois, cependant, qu’il serait temps aujourd’hui de modifier un peu notre approche de la question et de nous demander plus précisément comment cette révolution s’est opérée.

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