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20 janv. 2019, Paris : A l’ombre des ambassadeurs. L’entourage des ambassadeurs à l’époque moderne vers 1450-1815

Au XVIe siècle, l’ambassadeur résident devient un familier des cours européennes, alors que le modèle italien, né à la fin du Moyen Âge, se répand en Europe. Ce personnage n’a pas tardé, non plus, à devenir un familier des historiens. L’étude s’est d’abord portée sur les relations internationales, en faisant le récit minutieux des événements, puis l’attention s’est déplacée vers les acteurs et les pratiques de cet univers, faisant ainsi progresser la connaissance de la figure de l’ambassadeur. Des travaux ont, par la suite, développé certains aspects de la diplomatie moderne, comme la poste, ouvrant sur les enjeux de la communication à l’époque moderne et des structures de la diplomatie moderne. C’est à partir des années 1980-1990, avec le renouveau de l’histoire politique, que les questionnements se font plus divers, empruntant à l’anthropologie ou à la sociologie, mettant en avant par exemple le cérémonial, ou encore les mécanismes des processus de paix. L’étude de la diplomatie s’enrichit de recherches sur les formes qu’elle prend, contribuant à affiner notre compréhension de la figure de l’ambassadeur, à travers l’observation de ses pratiques, mais aussi en replaçant la diplomatie dans une carrière et l’ambassadeur dans ses réseaux.
Des travaux récents invitent en outre à reconsidérer le fonctionnement de la diplomatie, en insistant sur la coexistence de différentes pratiques diplomatiques mettant en jeu une multiplicité d’acteurs qui gravitent autour de l’ambassadeur. C’est ce champ d’investigation qu’il paraît intéressant d’approfondir, pour observer les soutiens d’un ambassadeur, cette foule, parfois anonyme, qui apparaît dans les correspondances et qui, malgré des sources souvent peu loquaces à leur sujet, n’en est pas moins essentielle : ces hommes et ces femmes forment des groupes divers évoluant dans l’entourage de l’ambassadeur, et ils participent de l’identité de la fonction diplomatique. Tous ces personnages forment, en un sens, la famille élargie de l’ambassadeur.

Dans l’ambassade, se trouve la famille de l’ambassadeur, sa femme et ses enfants, qui lui apportent quelque confort dans une charge qu’il peut lui arriver de considérer comme ennuyeuse, mais aussi ses autres parents, comme les neveux qu’il aide à former ; il faut ajouter à ce cadre les amis et compagnons, ainsi que la foule de domestiques. Cet aspect permet de s’interroger sur l’ampleur des suites des diplomates, et d’y identifier des profils, tant à travers les fonctions qu’à travers les qualités sociales, par exemple les hommes de lettres, les interprètes, au-delà du cas étudié des drogmans, ou encore les militaires. Il permet en outre, à travers la diversité des États européens, de proposer l’existence de plusieurs modèles. Outre le profil des suites, plusieurs thématiques sont possibles, telles que la place de la famille dans la diplomatie, les rôles et fonctions de chacun, posant par exemple la question de la formation des jeunes gens à travers la diplomatie, en replaçant le temps de la mission diplomatique dans des carrières plus larges, ou encore la place des femmes dans cet univers.
C’est aussi à l’intérieur de l’ambassade que l’on croise une cohorte de gens interlopes, ceux qui participent à la vie de l’ambassade comme les secrétaires, les chiffreurs ou les interprètes, essentiels mais dont la fidélité peut toujours être suspectée, notamment au travers de la notion d’incident. Les fonctions de ces différents personnages, et les évolutions dans la structuration d’un personnel diplomatique, peuvent être examinées, permettant également d’interroger la mémoire de l’ambassade, reposant sur ces hommes qui demeurent plus longuement dans un pays que tel ou tel ambassadeur en poste. L’écriture de l’histoire des ambassades pose ainsi question. À travers l’étude des carrières de ces hommes, et de leurs profils, l’on peut aussi approcher l’étude des pratiques d’écriture dans ce monde, et ouvrir ainsi sur la question d’un ethos diplomatique avec la constitution de pratiques propres à ce milieu. On peut également réfléchir, pour ceux qui occupèrent d’autres charges, à l’influence de ces pratiques sur eux. La diversité des situations, en Europe, doit ainsi être soulignée, et le comparatisme peut offrir l’occasion d’observer la circulation des pratiques en Europe et les effets de communication.

Il convient néanmoins d’observer que ce monde est aussi largement ouvert sur l’extérieur. Nombre de ces personnages circulent, glanant ainsi des informations, certains trafiquent autour de l’ambassade, jouant sur le statut juridique particulier de l’ambassade, d’autres, les domestiques en particulier, se querellent avec la société locale. La question de la criminalité en lien avec l’ambassade doit ainsi être abordée. Les modalités de contact entre cette suite et le monde étranger dans lequel elle se retrouve sont ainsi à interroger, et il convient, du reste, de ne pas oublier la circulation des biens que rapportent ces personnages, approchant ainsi la circulation des biens en Europe, qui soulève la question de la construction d’une civilisation matérielle commune, à quoi s’ajoute la circulation des comportements, comme les modes.
Porter le regard sur les personnages entourant l’ambassadeur, c’est ainsi s’intéresser à un élément essentiel de la diplomatie moderne, en restituant la dimension humaine et matérielle du monde de la diplomatie. Cette histoire est aussi celle de la rencontre avec l’altérité ; c’est, en effet, l’histoire d’une rencontre entre deux mondes qui doivent apprendre à se connaître, mais aussi à cohabiter. L’ambassadeur, ainsi que son entourage, comme points de contact entre ces deux mondes, offrent ainsi un excellent observatoire du succès ou d’échec de l’indentation d’une société étrangère au sein d’un corps social plus vaste.

Thématiques indicatives

- l’ambassadeur et sa famille
- le personnel de l’ambassade
- les contacts entre l’ambassade et le pays hôte
- les carrières des hommes et des femmes
- les femmes en ambassade
- profils des suites d’ambassadeur en Europe

Modalités pratiques

- La journée se tiendra le 4 juin 2019 en Sorbonne, Paris (5e)
- Les communications seront de 25 min.
- Les propositions de communication (max 3000 signes espaces compris) sont à envoyer aux organisateurs (jean.senie chez gmail.com et fontvieilled chez gmail.com) pour le 20 janvier 2019.