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« La Pirouète » : un emblème baroque au début du XVIe siècle

Anne-Marie Lecoq

Anne-Marie Lecoq, "« La Pirouète » : un emblème baroque au début du XVIe siècle", dans Revue de l’Art, année 1987, volume 75, numéro 1, pp. 56 - 57.

Extrait de l’article

Le folio 48 du manuscrit Français 24461 de la B.N. présente une image et, dans l’image, un texte. Celui-ci est composé d’un titre en capitales :
LA PIROVETE, et de cinq vers inscrits sur une tablette :
« le qui tourne soubz autruy main Nay seurete ne soir ne main Car cil soubz quelle main ie tourne Si soudainement sen retourne Quil netent ne nui ne demain. »

Autrement dit : moi, qui tourne sous la main d’autrui, je ne suis en sûreté ni le soir ni le matin, car celui sous la main de qui je tourne, s’en retourne si soudainement qu’il n’attend ni aujourd’hui ni demain. C’est la « pirouette », c’est-à-dire la toupie, qui parle.

Ces vers et d’autres, qui occupent les feuillets précédents et suivants dans le même recueil, appartiennent aux Dictz moraulx pour faire tapisserie du poète bourbonnais Henri Baude, contemporain de Louis XI et de Charles VIII. Très connu autour de 1500, les Dictz d’Henri Baude figurent dans de nombreux recueils manuscrits de proverbes et moralités, dont certains sont illustrés (Arsenal 5066 ; Chantilly, Musée Condé, ms. 509 ; Princeton University Library, ms. 92). Les meilleures illustrations sont celles (en majeure partie inédites) du Français 24461 de la B.N., que les autres séries ne font apparemment que copier.

Ce manuscrit a appartenu aux Robertet, dont il porte les armes. Les Robertet étaient amateurs de poésie, notamment celle de Baude. Jean Robertet et son fils François étaient « Élus sur le fait des aides » pour le roi, comme Henri Baude. La famille Robertet était forézienne et donc sujette des Bourbon, comme la famille Baude. François Robertet était secrétaire du duc. Les derniers feuillets du manuscrit montrent d’ailleurs les armes et les devises de Bourbon et le portrait du connétable à cheval avec des vers célébrant ses prouesses à Agnadel (1509). On y trouve également un dessin d’après l’effigie du jeune François Ier à l’avers de la médaille gravée pour commémorer la victoire de Marignan.

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