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La préciosité

René Bray

René Bray, "La préciosité", dans Cahiers de l’AIEF, année 1951, volume 1, numéro 1-2, pp. 49-55.

Extrait de l’article

On ne connaît pas de poésie précieuse au XVIIe siècle : on ne parle que de poésie galante. Ce dernier terme est d’ailleurs plus extensif que le précédent. Le terme précieux s’applique à certains cercles et recouvre un complexe social et spirituel : façon de vivre, de penser, d’aimer, de parler. Il désigne surtout des femmes : les précieuses. Rarement des hommes : pourtant l’abbé de Pure dédie la quatrième partie de son roman en 1658 à l’abbé de Tonnerre, qu’il présente comme « un véritable précieux ». Dans sa troisième partie, il dit encore ceci : « La Prétieuse ne donne pas l’exclusion aux mâles ; mais comme l’Autour a un nom différent du tiercelet... aussi le mâle des Prétieuses s’appelle Janséniste, qui est un galant spirituel et ferme... » Le terme s’applique encore à une danse, une courante. Le nom même de Prétieuse est dit précieux. Mais je n’ai trouvé nulle part l’expression de poésie précieuse ou de vers précieux.

Quand ces expressions apparaissent-elles ? Il y aurait là une recherche à faire, chez Sainte-Beuve par exemple, ou chez Gautier. Voici ce que j’ai trouvé dans le Lycée de La Harpe, au tome IX de l’édition de 1835 (p. 262), écrit vers 1799 : « Quant aux expressions exagérées et précieuses dont Gresset parlait aussi, elles ne sont pas plus d’un temps que d’un autre... Il eût été plus important et plus instructif d’examiner l’origine du style précieux, affecté, entortillé, si commun dans les écrivains de nos jours... » Remarquons au passage que pour La Harpe la préciosité ne se confine pas aux alentours de 1660.

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