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La mode au XVIIe siècle : de la folie à l’usage

Françoise Waquet

Françoise Waquet, "La mode au XVIIe siècle : de la folie à l’usage", dans Cahiers de l’AIEF, année 1986, volume 38, numéro 38, pp. 91-104.

Extrait de l’article

S’il faut en croire les moralistes du temps, de François de Grenaille à La Bruyère, l’empire de la mode au XVIIe siècle était des plus étendus : elle régnait partout, à Paris comme en province, elle s’imposait à tous, au maître comme au valet, elle réglait tout, les costumes comme les jardins, les bâtiments comme la vaisselle, le langage comme l’écriture ; rien ne lui échappait, même pas la religion. Face à cet état des choses, on s’interrogea sur la place que la mode pouvait légitimement occuper dans la société. Ces réflexions sur un phénomène qui relevait de l’ordre de la vicissitude, de la métamorphose, se fondaient, en fait, sur une conception du temps. Selon qu’ils y voyaient un facteur de corruption, ou un élément de progrès, les hommes du XVIIe siècle jugèrent différemment de la légitimité de la mode dans la société.

Pour Fitelieu, auteur de La Contre-Mode (1642), la mode était « un être de folie », « une folle humeur », « une espèce de folie générale », « une maladie... comune » qui s’est emparée de tous, hommes, femmes et même gens d’Eglise, « une peste [qui] se saisit des plus grands corne des plus beauxesprits et meilleurs jugemens ». Né dans des « cerveaux détraquez », des « esprits mal timbrez », ce mal funeste conduisait tout droit aux Petites maisons. Folie de la mode qui n’était point une sagesse déguisée, ni une passion libératrice, mais une sombre et terrible maladie ravageant le monde, le pervertissant.

L’homme était sa première victime. La mode, en effet, poursuivait Fitelieu, corrompait les fonctions qui avaient été originellement attribuées à chaque partie du corps. Ainsi, la bouche créée pour louer Dieu était devenue l’organe du blasphème ; gloutonne et ivrogne, elle causait le délabrement d’un corps qu’elle aurait dû nourrir ; destinée à porter des hommages de fidélité et des témoignages de respect, elle s’était faite le siège de la tromperie, du mensonge, de la duplicité. Sous l’empire de la mode, la tête, les oreilles, les yeux, les mains, les pieds avaient également dégénéré. Maintenant, les yeux ne se levaient plus vers la beauté divine, ils s’abaissaient obstinément vers les choses les plus viles ; la main caressante de la femme se refermait sur sa proie comme une griffe mortelle ; la tête n’abritait plus la raison, elle était le siège du dérèglement.

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