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Valeurs, symboles, messages alimentaires durant le Haut Moyen Age

Massimo Montanari

Massimo Montanari, Valeurs, symboles, messages alimentaires durant le Haut Moyen Age, dans Médiévales, 1983, n° 5, pp. 57-66.

Extrait de l’article

Dans une société comme celle du Haut Moyen Age, où l’alimentation constitue effectivement un problème, réel souvent, psychologique toujours, la première « valence linguistique » de la nourriture est très simple et immédiate, de nature économique et sociale. Le potens mange (peut manger) plus et mieux ; le pauper mange (peut manger) moins et plus mal. On mange, comme les textes de ce temps ne manquent pas de le souligner, secundum qualitatem personae. Mais qualitas est quelque chose de plus que la condition sociale ; c’est la condition sociale comme manifestation d’une qualité personnelle, que l’idéologie des groupes dominants aime à représenter comme intrinsèque et immuable. La praxis tend alors à devenir norme, et le comportement alimentaire, déterminé par la qualitas personae, en devient en même temps le révélateur. Le potens mange beaucoup ; celui qui mange beaucoup est potens.

A ce stade le signe se codifie, au point de se transformer en devoir social ; le puissant doit manger beaucoup, pour faire connaître son rang. « L’alimentation, comme l’a noté Jacques Le Goff, est la première occasion pour les couches dominantes de la société de manifester leur supériorité » ; elles adoptent, avec le luxe et l’ostentation alimentaires, un vrai et propre « comportement de classe ».

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