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La méthode de Serlio dans le « Quarto Libro »

Yves Pauwels

Yves Pauwels, "La méthode de Serlio dans le « Quarto Libro »", dans Revue de l’Art, année 1998, volume 119, numéro 119, pp. 33-42.

Extrait de l’article

De nombreux travaux, ces der­nières années, ont considérablement approfondi notre connaissance de Serlio. Les études sur le milieu qu’il fréquenta à Venise, la découverte de ses rapports particuliers avec Giulio Camillo Delminio, ont amené Loredana Olivato, Manfredo Tafuri et Mario Carpo à formuler de nou­velles et brillantes hypothèses sur la sensibilité intellectuelle et religieuse de cet artiste si important pour le développement de l’architecture eu­ropéenne, et particulièrement française. Mais ces analyses, qui nous permettent sans doute, de mieux connaître l’homme, n’expliquent pas la nature du traité, et ne rendent pas compte de son succès sans pré­cédent dans toute l’Europe, essentiellement dans des pays où, faute de témoignages directs, la culture anti­que était limitée dans le domaine architectural, mais où existait une réelle tradition humaniste entrete­nue dans les universités. Face à cette relative ignorance de l’Europe non italienne, le génie de Serlio fut d’abord, on le sait, d’avoir tiré parti de la révolution « médiatique » ap­portée par l’imprimerie en donnant la primauté à l’image. Mais ce fut aussi d’avoir su donner au contenu de son enseignement, c’est-à-dire à la doctrine vitruvienne telle qu’il l’avait perçue lors de son séjour ro­main, des structures universelle­ment transmissibles, inspirées des techniques pédagogiques les plus éprouvées de la rhétorique tradition­nelle, revues par l’humanisme moderne.

Bien sûr, Serlio n’était pas un humaniste au sens plein du terme, et il ne faudrait pas surévaluer les capa­cités conceptuelles des architectes de la Renaissance. Il n’en faut pas pour autant exclure une connaissance de base de la rhétorique ancienne. La promotion représentée par le terme même d’« architecte » implique un minimum de culture classique. Ser­lio a lu dans Vitruve que l’architecte devait connaître les lettres, et il a fréquenté assez intimement Giulio Camillo Delminio pour être capa­ble, même sans une connaissance approfondie du latin, d’assimiler les préceptes formulés par Cicéron et Quintilien. Mieux, les liens de Ca­millo avec la sensibilité évangélique ont pu mettre l’architecte en rapport avec les principes d’un grand maître, Philippe Melanchton, dont le pres­tige était alors considérable. Profes­sées à Wittenberg dans les années 1520, les leçons du praeceptor Germaniae avaient en effet redonné une nouvelle actualité à la pédagogie rhétorique.

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