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Les « practiques » du secret au temps de Henri III

Xavier Le Person

Xavier Le Person, « Les "practiques" du secret au temps de Henri III », dans Rives nord-méditerranéennes, n° 17, année 2004.

Extrait de l’article

Souvent présenté à la Renaissance comme une nécessité pour le gouvernement du Prince, le secret n’est pas seulement quelque chose que l’on cache à autrui mais un artifice, un instrument visible du pouvoir, sur lequel le roi et son entourage s’appuient pour provoquer le doute, pour faire réagir le parti adverse. Faire croire à l’existence du secret peut être aussi un instrument, un artifice, une feinte destinée à déstabiliser les interlocuteurs ou les adversaires. Le secret est parfois l’objet d’une complexe mise en scène s’appuyant sur des attitudes, des gestes et des paroles dont le seul objet est de simuler l’existence d’un secret qui n’existe peut-être pas. C’est ce que l’on peut appeler en reprenant un mot de la Renaissance, la « parformance » du secret. Dans les lignes qui vont suivre, des aspects de cette culture du secret et de la dissimulation au temps des troubles de la Ligue seront évoqués, tout comme certaines « practiques », techniques et stratégies destinées à conserver ou découvrir le secret. Le propos s’attachera au concret des comportements politiques et des paroles. Comment dans l’attitude, dans la posture, maintient-on le secret ? Comment empêche-t-on la divulgation ou comment la provoque-t-on ?

De la dissimulation au temps d’Henri III
Du difficile maintien du secret dans le jeu politique
Une divulgation aux effets incontrôlables

Il est extrêmement difficile, dans le fonctionnement même du jeu politique, de maintenir secrètes des informations, notamment lorsque l’on traite avec le roi. Philippe de Mornay, sieur du Plessis, l’un des principaux conseillers de confiance du roi de Navarre, en a fait la malheureuse expérience au mois de février 1584. Accompagné de plusieurs gentilshommes huguenots, il était venu à Paris pour obtenir une audience avec le roi, afin de lui communiquer une affaire de la plus haute importance et cela dans le plus grand secret. Arrivés dans la capitale, ils entrent en contact avec l’un des agents du roi de Navarre à la cour, le sieur de Chassincourt qui réussit à obtenir une audience secrète avec Henri III.

Dans la relation de son voyage qu’il envoie à Henri de Navarre, Duplessis-Mornay insiste particulièrement sur les précautions qu’ils ont prises pour garder leur mission secrète et éviter que des fuites se produisent. Cependant, la divulgation d’un secret au roi comprend toujours un risque de fuite induit par les formes de la prise de décision royale, par le fait que le souverain prend conseil auprès de diverses personnes de son choix déterminées en fonction des circonstances.

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