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15 avr. 2020, Bruxelles : Modèles, réseaux et échanges curiaux au Moyen Âge

Le 52e Congrès de la Société des Historiens Médiévistes de l’Enseignement Supérieur Public (SHMESP) sera organisé en collaboration avec le Réseau des Médiévistes belges de Langue française (RMBLF). Il se tiendra à Bruxelles du 20 au 23 mai 2021, sur le thème « Modèles, réseaux et échanges curiaux au Moyen Âge ». Nous vous prions de bien vouloir trouver ci-dessous l’argumentaire scientifique.

Argumentaire :

La cour a été, de longue date, l’un des terrains d’enquête favoris des écoles historiques ; au milieu du siècle dernier, les travaux fondateurs de Norbert Elias et Ernst Kantorowicz contribuèrent – ils ne furent pas les seuls – à lui donner droit de cité dans la recherche universitaire. Le sujet fait toutefois l’objet d’une attention et de reproblématisations constantes. Quelles que soient les périodes ou les régions envisagées – certes selon des modalités multiples et variées –, les cours constituent un creuset particulièrement propice à l’étude des sociétés médiévales, pour ne rien dire de leurs homologues antiques, modernes, voire contemporaines. Elles sont le lieu où peuvent s’exprimer, se résoudre ou s’exaspérer contestations ou tensions. Enfin, propices aux échanges, elles constituent un espace de distinction, que ce soit par les modes qui y émergent et en rayonnent ou par la perpétuelle mise en scène qu’elles engendrent. Les cours ont donc à être pensées comme des lieux politiques qui attirent, influencent ou interagissent avec la société, au plus près des personnes qui en occupent, considèrent ou sont considérées en occuper le centre.

Dans cette perspective, le Réseau des Médiévistes belges de Langue française (RMBLF) invite la Société des Historiens médiévistes de l’Enseignement supérieur public (SHMESP) à se pencher avec lui sur ces questions, selon des approches complémentaires et interdisciplinaires qui constituent leur marque de fabrique. On s’intéressera prioritairement aux cours souveraines (pontificales, impériales ou califales, mais aussi princières ou sultaniennes) ; les cours de niveaux inférieurs seront prises en considération dans leur relation (prétentions à la souveraineté, adaptations de modèles, réseaux) avec celles dont elles dépendaient.

La cour sera abordée non seulement comme espace politique et moyen de gouvernement, mais également comme lieu de production et de consommation – matérielle et culturelle –, creuset de réseaux de solidarités et de dépendances, société particulière réglée par des lois et des usages, aussi bien écrits qu’oraux, et enfin espace architectural et physique d’autant plus complexe que les cours se déplacent. Leur itinérance constitue en effet un aspect déterminant de leurs activités et de leur rayonnement. Autant de chantiers à envisager en faisant imploser les limites méthodologiques – notamment en tirant parti des nouvelles approches en matière d’analyse de réseaux – et géographiques – dans une perspective d’histoire globale. Le sujet choisi pour cette rencontre permettra à des chercheurs d’horizons divers de mener une réflexion commune autour de problématiques qui gagneront beaucoup d’une approche comparatiste et de questionnements croisés entre espaces latins, musulmans, byzantins, voire au-delà (Inde, Chine, etc.). L’objectif d’une telle approche est de favoriser l’émergence de modèles explicatifs de la nature et du développement des sociétés curiales médiévales.

Les interventions porteront prioritairement sur trois thématiques complémentaires :

A) Centre de gouvernement et espace politique

La cour est, en premier lieu, un espace politique et un lieu de gouvernement où les rapports personnels, parfois difficilement saisissables, jouent un rôle essentiel. Si l’outillage institutionnel actionné pour gouverner ne se situe pas exclusivement dans l’espace curial à proprement parler, il n’y trouve pas moins sa source et, surtout, les personnes qui le valorisent et le manipulent. En outre, les dispositifs curiaux permettent au prince d’exercer son pouvoir directement sur ceux qui y résident, ponctuellement ou de façon permanente. En se mettant au service du prince, cet entourage exprime et conforte l’autorité de celui-ci. Il peut aussi, à l’inverse, la saper. Si l’histoire politique a déjà considérablement défriché ce terrain, ce congrès fera le point sur les apports de la recherche récente et de nouvelles approches et méthodes qui, notamment par le biais de bases de données servant d’appui à des analyses prosopographiques ou à des analyses de réseaux, permettent d’aborder d’anciennes problématiques sous un angle nouveau.

B) Productions, échanges, consommations

À l’échelle régionale, les cours ont toujours joué un rôle économique de premier plan. Leurs expressions byzantines, islamiques ou latines, à l’instar des palais bourguignons des XIVe et XVe siècles, en sont des exemples bien connus qui peuvent être comparés à d’autres cas d’espèce. Toutes sont à la fois des lieux de production et de consommation : de produits de luxe et de prestige, de sciences et de savoirs, de modèles artistiques, littéraires et administratifs. Il conviendra d’examiner les implications culturelles de la consommation de luxe et d’art, dans toutes ses formes, propres à cette société de la distinction qu’est la cour. Point focal pour les artistes qui s’efforcent d’y paraître ou de s’y établir en vue du nombre de potentiels clients et patrons qu’elle abrite, elle engendre en effet des goûts esthétiques particuliers dont il importera de mettre en lumière les ressorts comme l’éventuelle diffusion dans d’autres milieux curiaux ou au-delà de ceux-ci. Dès lors, les produits qui y étaient consommés de même que les systèmes de ravitaillement, les artisans, corporations et autres organisations commerciales qui en tiraient tout ou partie de leurs revenus et permettaient aux sociétés curiales de maintenir un style de vie distinctif, doivent être examinés. Ceci amènera aussi à s’interroger sur le caractère déterminant des cours, souvent itinérantes, sur le prestige, la santé, voire l’élan, économique de villes ou de régions entières, et vice-versa. Enfin, les châteaux, résidences ou dépendances entraînent souvent de grands investissements et méritent d’être étudiés, tant dans leurs dimensions matérielles que symboliques.

C) Une société, des réseaux

Contribuant à façonner les interactions personnelles et les rapports de pouvoir, l’architecture reflète une organisation curiale qui ne s’y limite pas. Cette dernière, par son poids social, donne aux cours leur aspect particulier et structure leur existence autant qu’elle l’assure, et mérite d’être étudiée sous plusieurs angles. D’une part, des cadres formels seront étudiés, se dévoilant par le biais de l’architecture donc, mais aussi des lois et usages, transcrits dans les ordonnances ou dans d’autres textes politiques ou littéraires, ou diffusés par voie orale et partant observables de façon moins directe, et des pratiques de religiosité. Celle-ci, en effet, jouant un rôle essentiel dans la construction des pouvoirs, s’est toujours trouvée insérée dans le milieu curial pourtant également associé au développement du vice sous toutes ses formes et condamné à ce titre. D’autre part, il s’agira d’identifier les structures informelles des cours médiévales. Au-delà de l’étude des individualités peuplant l’espace curial, ces analyses permettront en effet de mieux situer hommes et femmes au sein d’un vaste appareil, pratique et symbolique, et contribueront à révéler combien des parcours personnels reflètent des mécanismes sous-jacents.

Co-organisé par le Réseau des Médiévistes belges de Langue française et la Société des Historiens médiévistes de l’Enseignement supérieur public, le colloque se tiendra du 20 au 23 mai 2021 à l’Académie royale de Belgique à Bruxelles. Les propositions de communication en français, accompagnées d’un résumé d’une page, sont attendues pour le 15 avril 2020 et seront envoyées par courriel aux adresses suivantes : secretariat chez shmesp.fr et info.rmblf chez gmail.com. Le comité scientifique du congrès fera connaître d’ici début juin les contributions retenues. Les collègues qui proposent une communication s’engagent moralement à rendre leur texte dans les délais imposés par le calendrier de publication des actes des Congrès de la SHMESP, soit pour le 1er octobre 2021, en vue d’une parution de l’ouvrage à l’automne 2022.