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15 déc. 2020, Toulouse : Le corps dans l’art politique des temps modernes

Durant la Renaissance, il est courant de voir des corps, masculins et féminins, transformés et stratégiquement exploités par le biais d’œuvres d’art. Réels ou mythiques, âgés ou juvéniles, souvent porteurs d’un imaginaire complexe, ils étaient conçus et perçus comme des métaphores et régulièrement utilisés comme des outils de propagande. Au début des temps modernes, la représentation du corps a eu une place fondamentale dans le processus d’exaltation et de légitimation de l’élite. Dans le cadre de ce colloque, toute oeuvre de commande exposant un ou plusieurs corps, et destinée à célébrer une forme de pouvoir politique, peut être abordée.

Le corps a été appréhendé comme un outil politique dans les études historiques, notamment à partir du concept des deux corps du roi (Ernst Kantorowicz dans les années 1950), tandis que dans le domaine de l’histoire de l’art, l’intérêt pour l’iconographie politique s’est développé à partir des travaux d’Aby Warburg. Depuis 1991, sous l’impulsion de Martin Warnke, la « Warburg Haus » de Hambourg effectue des recherches à partir de l’exceptionnel répertoire de documents et d’images politiques conservés dans ses archives (par exemple la publication emblématique du Manuel d’Iconographie politique. Ein Handbuch : Bd.1 : Abdankung bis Huldigung. Bd. 2 : Imperator bis Zwerg conducted » par Uwe Fleckner, Martin Warnke et Hendrik Ziegler). Les recherches de l’historien français Gérard Sabatier, qui a travaillé sur les stratégies visuelles au service de la monarchie, démontrent le développement de ces thèmes en France. La figure du roi a été privilégiée, tant dans les travaux scientifiques que dans les rencontres portant sur le sujet, comme l’atteste également la conférence présentée à Blois en 2010 : « Roi cherché, roi montré, roi transfiguré. Corps politique et corps du pouvoir en Europe (XVe-XVIe siècles) ».

Le thème « Corps et pouvoir » tend à s’émanciper de la figure du prince – bien que centrale, mais non exclusive. Les gouvernants s’appuient sur l’idéalisation de leur propre personne, afin de renforcer leur prééminence. Si leur corps est mis en scène et glorifié dans leurs portraits – comme un dispositif essentiel pour rassurer ou impressionner – il peut aussi être juxtaposé avec d’autres éléments. Au sein de l’étude des genres, les recherches ont montré comment les corps masculins et féminins entretiennent et exacerbent des relations complexes de domination au sein de l’iconographie du pouvoir.

Les corps de ces figures secondaires, ennemies ou alliées, auraient pour fonction de renforcer le message véhiculé, étant intégrés dans ou au-delà de l’image. De la sorte, tous les corps pourraient être étudiés : ceux appartenant aux élites comme les corps des figures auxiliaires, destinés à soutenir l’idée du pouvoir d’un point de vue sémantique. En outre, il conviendra de s’interroger sur les éléments qui ont rendu ce pouvoir concret, visible et palpable. Des objets cérémoniels ont recouvert les corps pour les transcender, tandis que les corps ont recouvert les objets à leur tour, le tout articulant un discours substantiel qu’il convient de déchiffrer. Ces corps sont souvent situés dans des palais et dans d’autres lieux où le pouvoir s’exerçait. Au sein de décors pérennes comme éphémères, ils scandaient les façades selon des ordres anthropomorphes, abrités dans des niches ; ils ornaient les portiques des entrées triomphales, les fontaines, les cheminées, les escaliers, etc. Chacune de ces formes nécessite une réflexion sur son contexte de création et d’exposition, ainsi que sur sa finalité.

La dimension politique des oeuvres mérite d’être approfondie, notamment à travers le prisme de ce que Victor Stoïchita décrit comme une hétérogénéité constitutive de l’objet corps (« l’hétérogénéité constitutive de l’objet corps », Des Corps, Anatomie, Défense, Fantasmes, 2019). Par conséquent, le programme du colloque se fonde sur la relation inhérente entre le corps et la polysémie des termes « pouvoir » et « puissance », qui désignent aussi bien l’aptitude que la force ou l’autorité. La posture, le langage corporel, la musculature, la sensualité, la grâce et l’élégance qui en émanent, contribuent à la traduction des idées. Le corps est à la fois subordonné et estimé par et pour le pouvoir. Comme un effet de miroir, c’est aussi par sa puissance esthétique, émotionnelle et symbolique qu’il honore et valorise les puissants.

Pendant longtemps, la référence biblique a servi de prétexte à l’exposition des corps ; la réappropriation de la culture antique les a fait quitter les sphères privées et sacrées pour gagner l’espace public. Cette évolution témoigne d’une compréhension généralisée de la force herméneutique, de la portée expressive et persuasive du corps dont le pouvoir évocateur se développe en fonction de l’étroite relation entre aspect physique et psychologique. Ces compositions pleines de vitalité, d’affect et de dynamisme ont donné, à partir de sujets ambivalents et parfois violents, une force émotionnelle et sensorielle essentielle au processus de séduction politique. Il s’agit ensuite d’apprécier la place des sens – optique et haptique – dans l’iconographie politique, d’un point de vue formel et sémiotique.

L’ambition de ces deux journées d’étude est d’explorer les questions liées au corps véhiculant un discours politique, en mobilisant des œuvres créées de la Renaissance à l’aube du XIXe siècle. En réunissant des chercheurs jeunes et confirmés, français et étrangers, cette manifestation permettra de confronter des méthodologies (approches formelles, iconographiques, esthétiques…) et de rassembler différentes études de cas portant sur ces corps imposants, héroïques, séduisants, inquiétants ou répulsifs, dont l’anatomie a été plus ou moins dévoilée pour incarner, entre autres, la figure du vainqueur invincible par opposition à la victime vulnérable.

Les communications exploreront des sujets s’inscrivant dans ces quatre axes majeurs :

– Le corps comme stratégie figurative dans les représentations des élites ;
– La puissance du corps : des sens et des émotions enflammés dans l’imaginaire politique ;
– Pouvoirs du corps dans les objets cérémoniels :
– Le règne des corps dans les décorations princières ;

Colloque international pour les jeunes chercheurs, Toulouse, Hôtel D’Assézat 10-11 juin 2021.

Les propositions de communication doivent comprendre un titre et un résumé (environ 350-500 mots en anglais ou en français), une brève bio-bibliographie et des informations de contact.
Elles doivent être envoyées au plus tard le 1er décembre à l’adresse suivante

corps.pouvoir chez gmail.com

Le comité scientifique répondra aux propositions avant le 15 décembre 2020.
Un forfait sera proposé aux participants afin de couvrir les frais de voyage et d’hébergement dans la mesure du possible. La publication d’un volume des actes de la conférence est prévue.

Comité d’organisation :
Mathilda Blanquet, Simon Colombo, Juliette Souperbie
(Université Toulouse II Jean Jaurès)

Comité scientifique :
Giulia Cicali (EHESS), Nicolas Cordon (HICSA – Paris I), Sophie Duhem (Université Jean Jaurès, Toulouse), Frank Fehrenbach (Hamburg Universität), Pascal Julien (Université Jean Jaurès, Toulouse), Emilie Roffidal (Université Jean Jaurès, Toulouse), Victor Stoïchita (Université de Fribourg).