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15 sept. 2020, Valenciennes, Louvain-la-Neuve : Vieillesse et pouvoir dans l’Occident médiéval : la gérontocratie à l’épreuve

Argumentaire

Bien que l’on vive en règle générale moins vieux au Moyen Âge qu’aujourd’hui, la vieillesse n’en est pas moins une réalité. Comme dans la plupart des sociétés, on y perçoit les différents âges de la vie, théorisés par certains lettrés qui, même s’ils se distinguent sur le nombre de périodes et les moments charnières, placent tous, à la fin de l’existence, la vieillesse, prélude à la mort. Si la vieillesse apparait comme l’inéluctable destinée des humains, chacun ne l’atteint pourtant pas, même si les sociétés du passé ont compté davantage de personnes âgées qu’on le pense communément. Les démographes ont en effet montré que les hommes et les femmes qui passaient le cap de l’enfance atteignaient fréquemment la cinquantaine, voire, pour certains, un âge plus avancé, même si d’une société à l’autre, la correspondance entre l’âge et la vieillesse est variable. Pour l’époque médiévale et les élites, mieux documentées, les exemples d’individus de soixante ans et plus ne manquent pas pour l’un et l’autre sexes, dans les milieux laïques comme religieux. Si l’évêque Remi de Reims (437/439-535) et le doge de Venise, Enrico Dandolo (1107-1205), s’illustrent pour avoir frisé le centenaire, ils ne doivent pas être les arbres qui cachent une forêt vénérable de dirigeants patriarches. La plupart de ces individus à la vie longue ont, en effet, participé à l’exercice du pouvoir, qu’il soit politique, religieux, social ou économique, alors qu’ils avaient atteint la vieillesse, ce qui a suscité tantôt l’admiration, tantôt la réprobation, a été considéré tantôt comme un atout et tantôt comme une source de préoccupations et de difficultés. L’objectif du projet est donc de mieux cerner les rapports, dans le discours comme dans la pratique, entre vieillesse et pouvoir, en dégageant d’une part les caractéristiques et problématiques communes, d’autre part les spécificités, qu’elles soient régionales, genrées, contextuelles ou relatives à la nature du pouvoir, et enfin les évolutions au cours de la période. Quatre approches sont plus particulièrement privilégiées. Elles seront déclinées à l’occasion de deux journées d’étude.

1. Vieux et vieilles au pouvoir dans l’Occident médiéval : démographie, stratégie et idéologie
Valenciennes, 2 avril 2021

Engagement à rendre les textes pour le 15 juin 2021, pour que l’ensemble harmonisé puisse être remis en septembre 2021 à la revue Médiévales qui a donné un accord de principe sur la publication.

1) Vieux et vieilles au pouvoir

Une première approche vise à préciser, à partir de l’analyse d’un ou plusieurs parcours individuels, comment certains individus avancés en âge en sont venus à exercer le pouvoir, et à en évaluer les causes et la fréquence. Cela implique de distinguer d’une part celles et ceux qui le détenaient de longue date et qui, par leur longévité, ont continué à l’exercer et d’autre part celles et ceux qui ont acquis un pouvoir dans une phase tardive de leur existence. Ce second cas questionne les raisons qui ont conduit à cette situation et, en particulier, la manière dont le critère de la vieillesse a été pris en considération. S’agit-il de bénéficier de l’expérience, des connaissances et de la sagesse accumulées au cours des ans, ou de compter sur une durée limitée d’exercice du pouvoir par l’individu concerné, ou encore de vouloir profiter de la sénescence pour mieux le manipuler ? Cela revient aussi à comparer les systèmes qui pratiquent l’hérédité des fonctions et ceux qui privilégient l’élection, afin d’évaluer leur rôle dans la proportion de vieux et vieilles en responsabilité et sur la durée de la période au pouvoir. Enfin, cela conduit à s’intéresser à la manière dont est perçue la situation par les contemporains : l’exercice du pouvoir par un vieux est-il accepté, souhaité ou redouté ? Et pourquoi ? Est-il perçu comme garantie de stabilité ou période de redéploiement ? Les sujets ou dépendants modifient-ils leur comportement à l’égard de l’autorité dont ils relèvent lorsque celui ou celle qui l’incarne se trouve marqué par la vieillesse ? Des modèles contradictoires viennent à l’esprit : l’Ancien Testament voit dans le grand âge un signe de la bénédiction divine, tout en déplorant que Salomon ait sombré dans l’idolâtrie du fait de ses femmes et concubines. Et que dire du Charlemagne de la Chanson de Roland, si influençable et, en définitive, voué à une impuissance pathétique ?

2) Le discours et les représentations

La deuxième approche est idéologique : elle entend préciser les modèles proposés par les différents types de sources, de manière à comprendre comment la vieillesse est perçue plus généralement dans la société, ainsi que la place et le rôle attribués à celles et ceux qui l’ont atteinte. Il importe ainsi de saisir le discours des moralistes, des diverses formes de la littérature politique (miroirs de prince, hagiographie…) et des législateurs (civils et religieux) en matière d’appréhension de la vieillesse et de ses conséquences lorsqu’elle affecte l’exercice du pouvoir. Quels aspects retiennent les uns et les autres ? Quels conseils donnent les premiers ? Quelles dispositions prennent les seconds ? Avec quelles intentions ? L’exercice du pouvoir par des individus âgés est-il possible, voire souhaitable, admiré ou critiqué, ou exclu, avec quels arguments ? Ce discours pourra être comparé avec celui qui transparaît ponctuellement dans les poèmes, les épitaphes, les lettres, les biographies ou les œuvres littéraires, autant d’occasions de proposer des modèles et des contre-modèles, en veillant à distinguer les points de vue en fonction des destinataires de chaque œuvre ou écrit et des intentions de chaque auteur. Il importe aussi de mettre en lumière la manière dont la documentation écrite, iconographique et archéologique met en scène la vieillesse au pouvoir, à l’occasion des cérémonies (sources narratives, ordines, règles monastiques), dans les enluminures, les peintures, les mosaïques ou les sculptures qui représentent les détenteurs et détentrices du pouvoir, mais aussi par le biais des témoignages de l’archéologie funéraire (cimetière à rangée, inhumation ad sanctos, cimetières monastiques, nécropoles familiales, mausolées) : la vieillesse est-elle un critère distinctif ? Est-elle valorisée ou dépréciée ? Comment et pourquoi ?

2. Vieux et vieilles au pouvoir dans l’Occident médiéval : une configuration particulière
Louvain-la-Neuve, mars 2022 (date à préciser)

3) La gestion pratique de la vieillesse au pouvoir

La troisième approche invite à analyser les conséquences pratiques de la vieillesse, ainsi que les adaptations auxquelles elle conduit. La vieillesse se définit par un affaiblissement des fonctions, physiques et intellectuelles, voire la perte définitive de certains moyens : comment exercer le pouvoir lorsque le vieillissement ne permet plus de combattre, de se déplacer, d’imposer physiquement son autorité, d’accomplir les gestes qui engagent, mais aussi parfois de voir, d’entendre, de lire, ou, en tous les cas, de moins en moins facilement ? Les méthodes de gouvernement, de même que les contours et le rôle de l’entourage, diffèrent-ils en fonction de la place des individus dans le cycle de la vie ? Pour celles et ceux qui ont détenu longtemps le pouvoir, observe-t-on des évolutions sur ce plan au cours de leur vie qui pourraient être liées à l’accumulation des ans, qu’il s’agisse de l’acquisition d’une plus grande maturité ou de la détérioration de certaines capacités ? Les adaptations nécessaires sont-elles prises à l’initiative de celui ou celle qui subit le vieillissement, de l’entourage plus ou moins bienveillant, ou encore des forces sociales actives qui les proposent ou les imposent au détenteur du pouvoir qui s’y soumet de plus ou moins mauvais gré ? L’attention récente portée au corps, envisagé comme objet d’étude, ainsi qu’à l’invalidité, en particulier des élites au pouvoir, propose notamment des pistes de réflexion qu’il convient de reprendre et de préciser pour les appliquer plus spécifiquement à la catégorie des individus marqués par la vieillesse.

Faut-il généraliser le modèle du prince – laïque ou religieux – vieillissant, malade, s’accrochant à divers espoirs garantissant sa survie, ce qui le conduit notamment à s’entourer de médecins, de chirurgiens, d’un personnel soignant qui obtient sa confiance et renforce à son grand dam les soupçons de suggestibilité et de favoritisme ? Il faut aussi songer à la peur de la mort, à la défiance, voire à la paranoïa dont peut faire preuve un puissant sur le déclin. Par-delà même son attitude personnelle, c’est le conseil dans son ensemble qui se voit traversé de divisions et de spéculations, et communique à toute la société politique le malaise caractéristique de ces temps d’incertitude. L’histoire et la littérature vérifient très souvent le paradigme d’une continuité naturelle entre monarque décrépit, cour éteinte et royaume languissant.

4) L’organisation de la succession

La dernière approche propose d’étudier la question de la succession, dans un contexte où la vieillesse peut laisser supposer son imminence et les enjeux favoriser toutes sortes d’entreprises. Se soucie-t-on davantage de préparer la succession lorsque celui ou celle qui détient le pouvoir commence à se faire vieux ? La résolution vient-elle de celui-ci, des bénéficiaires légitimes, de rivaux ou autres compétiteurs, de groupes de pression aux contours et d’horizons divers ? Lorsqu’elle est préparée, comment cela se traduit-il concrètement, qu’il s’agisse des acteurs, de l’officialisation ou non de la décision, du partage des tâches ou de la mise en scène du pouvoir ? Pourquoi, dans certains cas, cela favorise-t-il des solidarités intergénérationelles, et dans d’autres, des conflits, notamment dans les groupes familiaux où ils sont encouragés par la longévité du chef de famille ? Si les études sur le pouvoir, qu’il soit politique, religieux, économique ou familial, apportent des éléments de réponse, il importe ici de se concentrer sur les successions des individus considérés comme vieux, afin de mettre en lumière la spécificité de ces situations et l’élaboration de stratégies particulières. Il s’agit, en effet, de savoir si la vieillesse peut être une raison de renoncer au pouvoir ou d’en être écarté par des rivaux. Et en cas de réponse affirmative, l’argument correspond-il à la réalité ou n’est-il qu’un prétexte destiné à donner une justification acceptable à d’autres motivations moins avouables ? Mais, après tout, certaines formes d’association ou de délégation n’ont-elles pas, à l’occasion, prévenu les tensions et permis une transition harmonieuse ?

Organisation et contacts:

Emmanuelle Santinelli-Foltz, professeure d’histoire médiévale, Université polytechnique des Hauts-de-France, CRISS,Emmanuelle.Santinelli at uphf.fr
Gilles Lecuppre, professeur d’histoire du Bas Moyen Âge et des Temps Modernes, Université catholique de Louvain, IACCHOS, gilles.lecuppre at uclouvain.be

2 journées d’étude :

2 avril 2021, Valenciennes
Vieux et vieilles au pouvoir dans l’Occident médiéval : Démographie, stratégie et idéologie

mars 2022 (date à préciser), Louvain-la-Neuve
Vieux et vieilles au pouvoir dans l’Occident médiéval : une configuration particulière

Comité Scientifique :

Martin Aurell
Professeur d’histoire médiévale, Université de Poitiers, Directeur du CESCM

Geneviève Bührer-Thierry
Professeure d’histoire médiévale, Université de Paris 1, Panthéon Sorbonne, Lamop

Alban Gautier
Professeur d’histoire médiévale, Université de Caen Normandie, CRAHAM

Régine Le Jan
Professeure émérite d’histoire médiévale, Université de Paris 1, Panthéon Sorbonne, Lamop

Pierre Monnet
Directeur d’études EHESS, Directeur de l’IFHA

Agostino Paravicini-Bagliani
Professeur émérite de l’Université de Lausanne, Président de la SISMEL

Les propositions sont à adresser, avant le 15 septembre 2020, à :

Emmanuelle.Santinelli at uphf.fr et à gilles.lecuppre at uclouvain.be

avec le formulaire suivant complété :

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laboratoire de rattachement :
email :